Mercredi 30 Décembre 2009 -- Plus de trois mois après l’arrestation à l’aéroport d’Alger de Chani Medjdoub, principal suspect dans le dossier de corruption lié à l’autoroute Est-Ouest, l’affaire n’a toujours pas livré tous ses secrets. Les enquêteurs tentent actuellement de comprendre le système complexe des rétrocommissions et le rôle des différents intervenants algériens et étrangers dans le dossier : qui a pris quoi ? Comment ? Et en échange de quoi ?

Le groupement Citic-Crcc est constitué d’une société financière (Citic) et d’un conglomérat de travaux publics (Crcc), l’un des plus importants de Chine. C’est Citic qui a mené les négociations avec les autorités algériennes. Elle a ensuite sous-traité la réalisation du projet à Crcc dans le cadre du groupement. Dans ce projet, la marge de Citic s’élève à environ 30%. Comprendre : sur 6,2 milliards de dollars du contrat attribué par l’Algérie à Citic-Crcc, Citic empoche 1,86 milliard. Sur cette partie, la marge nette déclarée par Citic aux autorités chinoises est de 10%, soit 186 millions de dollars. Le solde - 1,67 milliard - devait constituer la part réservée aux rétrocommissions : rémunération des différents intermédiaires et consultants qui ont joué un rôle dans le projet. Les commissions vont de quelques centaines de milliers de dollars à des centaines de millions de dollars, en fonction du rôle joué. La pratique n’a rien d’illégale. Elle est courante dans les contrats internationaux.

Selon nos informations, depuis le début du projet, Citic-Crcc a perçu un paiement total de 2,5 milliards de dollars de la part de l’Algérie pour les parties déjà réalisées. Le montant des premières rétrocommissions s’élève à 670 millions. Au cœur du système des rétrocommissions, on retrouve une société - Pearson Asia Capital - basée en Chine et deux hommes : le français Pierre Falcone et l’Algérien Chani Medjoub. Pearson Asia Capital est chargée de distribuer 80% des commissions, soit 536 millions, et 20% restants sont distribuées par Citic à des consultants qui ont travaillé directement avec elle. Il s’agit notamment d’experts chinois et internationaux qui ont collaboré au projet.

En réalité, Pearson Asia Capital est la propriété de Pierre Falcone. À elle seule, elle a perçu 20% des 536 millions, soit 107 millions. En étroite collaboration avec Chani Medjoub, cette société était chargée d’indiquer à Citic qui devait toucher des commissions et préciser les rôles de chaque intervenant. « Pierre Falcone faisait la pluie et le beau temps. Pour les Chinois, il était incontournable sur l’Algérie », explique un connaisseur du dossier. Mais Chani Medjoub a profité de cette proximité avec Pierre Falcone – les deux hommes ont convaincu les Chinois qu’ils étaient les représentants de l’Etat algérien – pour créer au moins cinq sociétés différentes. Chacune d’elles a perçu un pourcentage du montant des commissions. Au total, la part perçu Chani Medjoub s’élève à au moins 107 millions de dollars. Aux Chinois, les deux hommes ont expliqué qu’une partie des sommes récoltées était destinée à des personnalités de l’Etat algérien. Mais, en réalité, les sommes récoltées sont allées directement dans les poches des intermédiaires concernés dans des comptes ouverts dans plusieurs pays européens.

Deux autres noms apparaissent dans l’enquête des services de sécurité : les frères Bedjaoui. Les neveux de l’ancien ministre des Affaires étrangères auraient perçu des commissions de près de 100 millions de dollars. Mais la justice n’a pas pu les entendre, car ils vivent tous les deux au Canada.

Source: http://www.tsa-algerie.com/economie-et-business/autoroute-est-ouest-les-commissions-versees-par-les-chinois-ont_8863.html

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