Guelma fut d’abord nommée MALAKA par les Phéniciens qui écrivaient de droite à gauche. Après la chute de Carthage et l’arrivée des Romains, ces derniers l’ont lu de gauche à droite et ça a donné KALAMA… certains disent LGA LMA (il a trouvé l’eau) car la cité de l’artiste que j’ai interviewé, d’après lui, est entourée de beaucoup d’eau. D’autres disent que c’est Malika (reine en arabe). Je ne veux pas vous raconter d’histoires. Je laisse le soin aux historiens. Restons avec l’invité avec lequel j’ai fait la gaâda dont vous avez le contenu entre les yeux ou les mains ou les deux à la fois.


Le Jeune Indépendant : Que fais-tu à part grignoter du papier dans un bureau ?
Boustaila Mokhtar : Je suis en train de préparer un clip pour ma chanson «Internet» mais les pros du domaine manquent dans ma région : l’Est. C’est une chanson qui parle de quelqu’un qui veut quitter le bled via une connaissance internet. C’est un texte loufoque et pittoresque avec un rythme alaoui fusion funk.


Depuis la dernière fois que je t’ai diffusé in Local Rock de la III, qu’as-tu fait et qu’est devenu ton groupe MALAKA ?
Malaka est une association musicale née en 1986. On y donne des cours de guitare et de flute aux enfants depuis trois ans. Moi je suis à mon troisième album et je prépare le quatrième.


Le groupe Malaka a fait combien d’albums ?
Un seul il et n’est jamais sorti sur le souk à cause des éditeurs. On en a vu à Alger et tous ne voulaient pas prendre de risque. «Vous faites de la bonne musique mais vous n’êtes pas connus à Alger», nous disaient-ils et l’album est resté jusqu’à ce jour sous forme de bande sonore des années 80.


Donne moi le C12 du groupe Malaka.
Malaka a vu le jour en 1983, mis au monde par moi et Karim Baali, mon ami de toujours,
guitariste et compositeur. Il est actuellement inspecteur de musique. On a fait notre première scène en 1984 au lycée Mahmoud-Ben Mahmoud (Guelma), qui a beaucoup changé depuis. J’avais 16 ans et Karim 17. On chantait nos propres chansons et des reprises de la pop de l’époque comme les Beatles, Bob Marley, Super Trompe, Frah Khouja… On a fait ça jusqu’à la mort de la belle musique en 1990-1991.


Comment sont venues la disparition de Malaka et la naissance de Mokhtar Boustaila ?
J’admire ta franchise, Kamel. C’est moi qui ai lâché le groupe, après la mort de mon père. Puis je me voyais mal chanter le raï dans les fêtes. Ce n’est pas mon genre. En 2005, j’ai eu l’idée de revenir en solo avec ma propre conception musicale.


Parle-moi de tes albums, Mokhtar.
Le premier en 2005 cent pour cent pop dont un titre en français. Le deuxième en 2007 en français en rythme fusion kabyle. Je l’ai appelé «Rissala Ila» (Lettre à). Le troisième en 2008 intitulé Chkoun Ntiya (Qui es tu ?).
C’est de la fusion entre pentatonique et celtique, genre UB40, reggae rock avec un titre en français sur musique orientale. Le quatrième, j’attends de trouver un studio où je peux faire des arrangements autres que raï.


Pourquoi ? Tu n’aimes pas le raï ?
Si, j’aime le raï de Raïna Raï, Khaled avec des fusions mais pas celui de la boite à rythmes monotone avec un refrain qui se répète et des paroles fades.


Parle, moi de Guelma à ta façon.
Guelma est une ville culturellement morte. C’est l’oisiveté totale. Elle a changé, elle est envahie de partout. Ils ont détruit tout dans ma ville. La culture est un réflexe quotidien et non occasionnel khouya Kamel.


Je te laisse «El kalima»- un mot qui contient presque les mêmes lettres que Malaka-pour clore.
Très ravi d’avoir discuté avec un parrain de la musique algérienne.

J’ai laissé Boustaila et Malaka et je me suis mis à me rappeler les rares souvenirs qui remontent à loin de cette ville qui me paraît si loin liée à jamais à d’autres événements douloureux qu’a connus l’Algérie et qu’ont vécus des Algériens…Là, l’histoire n’a aucun droit au doute. Le 8 mai 1945 est gravé dans ses pages.


Source: Le Jeune indépendant - Edition du 15 decembre 2010 - Le p'tit coin des Art'tristes.