Fellag, enfin à Alger. Et au cinéma. Mohamed d’Ath Iloul, l’artiste algérien, connu, reconnu, distingué et partout ailleurs honoré, est revenu chez lui. Non pas à Azzefoun où il est né, mais dans la capitale de son enfance. à Riad El Feth, tout près du Petit Théâtre, là où l’ancien du TNA est venu un jour au one man show. Au zénith artistique, à Montréal, à Toronto, à Namur, à Locarno, à Valladolid, à Sundance et à Hollywood, Moh Rochambeau de Bab el-Oued est revenu pour une soirée ciné, voyage et nostalgie. Au «Cosmos» où «Monsieur Lazhar», le film canadien de sa consécration cinématographique internationale, a été projeté, jeudi soir, grâce à la salvatrice initiative de Mme Geneviève des Rivières, la classieuse et sémillante ambassadrice du Canada. L’acteur n’était certes pas là, car il ne pouvait pas être là, occupé à jouer sur les planches françaises son nouveau one man show «Chocs de cultures». Mais, derrière les pas de «Monsieur Lazhar», le personnage central du film, défilait l’esprit de «Cocktail Khorotov», «SOS Labès» et «Babor l’Australie», ses premiers spectacles algériens de théâtre, à Riad El Feth, les Jardins de la conquête.Il y avait foule, jeudi soir, dans le grand Cosmos, plein, presque à craquer. Une foule joyeuse, gracieusement invitée à la soirée. Un public de fête, cinéphile et heureux. Et ça se voyait à la fin du film. Surtout sur les visages des enfants et des femmes. En tenue de gala, ces dernières étaient plus nombreuses que les hommes dans une salle captivée, qui a regardé le film dans un silence de cathédrale. Pas un téléphone portable n’a sonné durant 1h34 de projection. On n’entendait que le croquement de pop corn, en cornets généreusement distribués aux spectateurs. A la dernière scène, un final plein de tendresse entre Monsieur Lazhar et la plus affectueuse des élèves de sa classe, la salle se lève, comme un seul homme. Elle applaudit avant de garder le silence recueilli d’une foule qui savourait silencieusement le bonheur d’un soir de cinéma à Alger, comme on n’en reverra sans doute pas dans une capitale cruellement privée de… cinémas.

Connexion du théâtre avec le cinéma
En préambule de la séance, Mme l’ambassadrice avait déjà donné le ton de la fête et la tonalité du film. De son point de vue, partagé après par nombre de présents, «Monsieur Lazhar», c’est «le grand talent d’un artiste algérien qui a mis en valeur la qualité du cinéma canadien.» Ce film, c’est déjà toute une histoire. Celle de la connexion du théâtre avec le cinéma et de la rencontre triangulaire entre Evelyne de La Chenelière, dramaturge canadienne, qui a suggéré le nom de Fellag au réalisateur québécois Philippe Fallardeau. Mohamed Fellag connaissait sa pièce à succès «Bachir Lazhar» dont il a fait une lecture publique du texte. Ensuite, au grand dam de ses producteurs, Fallardeau a préféré Fellag à Kad Mérad, un des plus grands noms du box-office français. Il s’en est ainsi expliqué : «J’ai dit non à Kad Mérad ! Mes producteurs n’en revenaient pas, parce que ça représentait un investissement massif de la France. Mais moi, je n’y croyais pas. Kad a un père algérien, mais c’est un Français. Fellag, lui, on dirait qu’il débarque d’Algérie».  Fellag a ensuite donné un peu de lui-même, beaucoup même, à Monsieur Lazhar, qu’il a fait vivre avec délicatesse, finesse, sobriété et intelligence. Fallardeau affirme qu’il «a apporté un certain génie (qu’il) n’avait pas soupçonné et qui correspond bien au côté maladroit du personnage.» Comprendre, un personnage auquel ses fragilités, ses fêlures et sa sensibilité confèrent une profonde humanité. Monsieur Lazhar, c’est le rouge et le noir de Voltaire. Fellag le voit ainsi : «Ce n’est pas un rôle comme les autres. Ce personnage est réel, mais en même temps, c’est presque une idée. Quand j’ai lu le texte la première fois, j’ai dit à Philippe Fallardeau et à Evelyne de la Chenelière qu’il était un peu voltairien.» Le film, qui traite de l’immigration au Québec, de l’éducation, des méthodes pédagogiques, des relations entre les enseignants, les enfants et leurs parents, des hommes et des femmes et du choc des cultures et des drames personnels, est la rencontre de deux mondes. C’est un regard aiguisé sur la société québécoise, à travers les yeux pleins de tendresse d’un Algérien habité par les esprits de son passé, taraudé par le stress d’un présent dur et rongé par les angoisses d’un présent incertain.

Monsieur Lazhar, Bachir de son prénom, est un être blessé qui sort de nulle part. Un Algérien qui a un passé composé, vécu à l’imparfait d’une vie de violence et de douleurs qui l’a meurtri dans sa chair et dans son cœur et qui pèse lourdement sur sa mémoire. Il tente alors de s’y extirper tout en essayant d’échapper à la froideur du monde bureaucratique (service de l’Immigration, l’Ecole), par la transmission des mots, l’amour des livres, l’amour des enfants, comme s’ils étaient de sa propre chair. Même s’il est lui-même incompris, il cherche à comprendre les enfants, pour mieux sauver une classe traumatisée par le suicide de leur enseignante de français aimée. Des enfants qui ont aussi des soucis avec le poids de leur environnement familial, ses difficultés et ses traumatismes. Même s’il a tu lui-même le poids de son passé, Monsieur Lazhar tente, parfois avec maladresse mais avec une subtile tendresse, d’alléger le présent des enfants en leur donnant des mots même surannés et, surtout, en libérant leur propre parole. Le film est fait de belles images de la différence des cultures. Il en livre finalement une belle image, avec un regard amusé, jamais moqueur ou moralisateur sur les différences culturelles, symbolisées par le langage, la musique, la danse et les gâteaux de l’un et des autres, ainsi que par les méthodes d’enseignement, les approches pédagogiques et les choix différenciées de lectures. Avec un scénario tout en dentelles, délicat et poignant à la fois, sans sentimentalisme, sans jugement et sans parti-pris, servi par la remarquable qualité de la photo de Ronald Plante, le montage chirurgical de Stéphane Lafleur et la musique aux tons justes et aux douces émotions de Martin Léon, le film est une belle photographie du déracinement et de l’enracinement. Une riche, puissante et adroite mise en parallèle du monde des adultes, froid et procédurier, par rapport à un monde beaucoup plus émotif, infiniment plus tendre, parfois plus pertinent, celui des enfants. Minots canadiens attendrissants dans leur diversité, dont les deux rôles principaux, intenses et denses, sont campés par les admirables Sophie Nélisse et Emilien Néron, généreux de leur furieuse tendresse, qui jouent vrai, qui jouent juste, au point d’amener à les regarder comme s’ils étaient dans la vraie vie qui ne fait pas de cadeaux même à des enfants de leurs âges. Fellag, lui, a fait le lien entre ces deux mondes, de manière remarquable, avec un immense talent, dont on pensait qu’il n’était destiné qu’aux planches dont le bois fait résonner son nom de mille sonorités depuis l’algérois Cocktail Khorotov.

Bachir Lazhar est aussi camusien
Pour le propre bonheur de l’acteur, le plaisir du cinéphile et la bonne fortune du réalisateur, le talent de Fellag a été servi par des plans construits, un à un, avec une extrême méticulosité. Fellag, l’homme, avec sa pudeur naturelle, son regard d’éternel enfant attendri et ses gestes tout en retenue, était Bachir Lazhar qui l’habitait et qu’il investissait. Il y avait du Fellag dans Lazhar et du Bachir dans Mohamed. Algériens, dans ce Québec intime à Fellag, ils sont Un, fondus et enchainés. A tel point qu’on avait l’impression que l’acteur ne jouait pas devant des caméras mais vivait sa vie, au fil des jours qui s’égrènent. Mais Fellag jouait quand même. Avec la tendresse de moments qui sont ces doux gestes qui tendent vers l’amour d’enfants accablés par une puissante adversité, le drame de la mort et la tragédie de la tendresse absente. Tout comme Fellag dans la vie, Bachir Lazhar, qui cherche le salut dans les mots des livres et les mots de la vie, semble avoir lu Camus. Dans «L’Etranger», cet autre Algérien dit que «tout refus de communiquer est une tentative de communication ; (que) tout geste d’indifférence ou d’hostilité est appel déguisé.» C’est peut-être pour cela que le personnage de Bachir Lazhar est également camusien. En regardant le film, on s’est cru souvent dans la vraie vie. Mais, dés que notre attention s’est porté sur le geste et non pas sur l’acte, on était dans la comédie, comme le soulignait Henri Bergson dans son philosophique «Le Rire». La vie, c’est le cinéma, rencontré dans «Monsieur Lazhar», un soir de nuit étoilée, dans Alger-blues.

Source: La Tribune - 31 mars 2012


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