Mardi passé, Noureddine Kourichi, l’ancien défenseur central de l’EN des années 82-86, a bien voulu nous accorder un entretien. Et forcément, le sujet abordé avec lui, ne pouvait que concerner le football, et notamment celui de l’Algérie. Un entretien «très spécial» que nous avons le plaisir de faire découvrir à nos lecteurs, tant l’ancien stoppeur des Verts a rarement eu l’occasion de s’exprimer à la presse écrite nationale, comme il vient de le faire à travers cet «entretien- débat», riche en enseignements que nous vous livrons.

 

L’Expression: Vous séjournez depuis quelques jours à Alger, pour quelle raison?
Noureddine Kourichi:
pour la simple et bonne raison que j’avais envie d’assister au match amical Algérie- Gabon. Mais ce vendredi, je repartirai en France, et je serai en principe de retour à l’occasion du match officiel qui se jouera entre l’Algérie et la Tanzanie le 3 septembre prochain au stade du 5-Juillet.

Votre nom revient souvent dans la presse nationale, au même titre d’ailleurs que celui d’autres ex-joueurs de l’Equipe nationale de votre époque. Est-ce que cela vous surprend aujourd’hui?
Non, pas du tout! Mais lorsque des informations me concernant, sont sans fondement, je me sens dans le devoir de rectifier le tir.
Maintenant, je ne suis nullement étonné que mon nom soit cité par la presse algérienne, notamment quand il s’agit de l’Equipe nationale que j’ai côtoyée au plus haut niveau, et grâce à laquelle j’ai participé à deux Coupes du Monde.

Justement, ces deux Coupes du Monde, celle de 82 en Espagne, puis au Mexique en 86, vous permettent-elles aujourd’hui de vous sentir toujours concerné par le football algérien, comme par le passé?
Sans aucune hésitation de ma part, je vous réponds oui!

Pourquoi, selon vous?
Tout simplement parce que le fait d’avoir fait partie à l’époque d’une génération de footballeurs qui ont beaucoup appris sous les couleurs nationales de l’EN, et qui ont tous, sans exception, montré au monde entier de quoi était capable un joueur algérien.

Mais à cette époque, et contrairement à celle d’aujourd’hui, l’EN était constituée de nombreux joueurs issus du Championnat national, et de quelques éléments seulement évoluant à l’étranger. Comment expliquez-vous cela?
A l’époque, le football algérien avait compris qu’il fallait investir dans le suivi et la formation des jeunes, et la réforme sportive avait permis l’éclosion d’un nombre important de joueurs qui ont naturellement éclaté en équipe nationale, par la suite. Un long processus de travail et de prospection qui n’existe plus aujourd’hui dans notre football, à telle enseigne que l’on est obligé de se tourner vers les joueurs d’origine algérienne, formés en dehors du pays.

Mais c’est grâce à eux que l’EN a participé au dernier Mondial...
Tout à fait! Mais cela n’est pas aussi une solution idéale si l’on souhaite vraiment faire évoluer le football algérien qui recèle en son sein des milliers de jeunes talents que l’on n’a pas le droit d’ignorer aujourd’hui. L’exemple de ces jeunes de l’école de football du Paradou, est édifiant en la matière. Et il aura fallu qu’un technicien français, en l’occurrence Jean- Marc Guillou le fasse, alors que d’excellents entraîneurs algériens, de surcroît diplômés, pouvaient prendre une telle initiative importante pour la formation d’un joueur de football.

Justement, aujourd’hui vous êtes entraîneur de football 3e degré. Mais pourquoi selon vous, les responsables du football algérien n’ont jamais jugé utile de vous faire appel?
Sincèrement, je ne sais pas du tout pourquoi! Cela fait tout de même 14 ans que j’exerce le métier d’entraîneur, et la seule fois où j’ai failli faire partie du staff technique national algérien, c’était en 2004, lorsqu’il a été question que je sois associé à Alain Giresse. Mais le président de la FAF de l’époque, M.Haddadj, a jugé bon de recruter Cavalli au poste de sélectionneur de l’EN.

Mais, aujourd’hui, quelque part vous ne perdez pas espoir d’être sollicité enfin par les responsables actuels de la FAF, ou bien vous vous dites M.Saâdane a une vision des choses différente de la vôtre?
Il est clair que l’Equipe nationale nous concerne tous au plus haut point aujourd’hui. Il est donc normal que j’aspire à mon tour vouloir m’impliquer concrètement dans l’encadrement technique national.
Il y a aussi d’autres ex-joueurs de l’EN, aujourd’hui diplômés en football, qui peuvent beaucoup aider Rabah Saâdane dans sa tâche actuelle.
Maintenant, franchement, peut-être que cette question le dépasse aujourd’hui.
En tout cas, je suis convaincu d’être en mesure d’apporter quelque chose de plus à l’EN, et notamment au football algérien. On verra!

Vous avez aussi entendu parler de la nouvelle réorganisation de la FAF que compte mettre en place prochainement le président Raouraoua?
Personnellement, non! Vous venez de me l’apprendre. Il est vrai qu’il est temps de pourvoir des postes importants au niveau de la FAF, comme celui de la DTN, entre autres. En France par exemple, c’est grâce à la direction technique nationale que le football français continue de fournir des joueurs pétris de qualités, et qui sont de plus en plus nombreux à être sollicités partout en Europe, et parmi eux beaucoup de joueurs d’origine algérienne. Il faut donc revenir à ces repères de travail et de formation qui avaient permis aux Assad, Menad, Yahi, Madjer, et bien d’autres joueurs de mon époque, de se distinguer avec l’EN.

Justement, 82 vous rappelle quoi aujourd’hui?
L’année de la première participation de l’Algérie à un Mondial, celui organisé par l’Espagne, et qui avait permis à un pays comme le nôtre de bousculer toute une hiérarchie que la riche et longue belle histoire de la Coupe du Monde a retenu pour toujours.

Et ce fameux match Allemagne-Autriche, il évoque quoi exactement pour vous aujourd’hui?
Tout simplement une véritable humiliation pour deux grandes nations européennes de football. Et lorsque j’avais été convié par la télévision autrichienne pour donner mon avis, j’avais dit ceci à l’époque: En agissant de la sorte, l’Allemagne et l’Autriche ont tout simplement permis à un pays comme l’Algérie de remporter une grande victoire morale au niveau mondial.

Mais, à l’époque, vous aviez quitté le Mondial espagnol avec un profond sentiment d’injustice et de réelle frustration, n’est-ce pas?
Parfaitement, car malgré deux victoires enregistrées, contre l’Allemagne, puis face au Chili, l’Algérie n’a pas pu accéder au 2e tour. Ce qui ne s’est jamais produit à ce jour, au cours d’une Coupe du monde.

Et celle de 86 au Mexique?
A ce jour, je ne retiens qu’une seule chose aujourd’hui: il y a eu ce but de Zidane qui avait permis à l’EN de faire match nul avec l’Irlande, puis plus rien.

C’est-à-dire?
Depuis, l’Algérie n’a plus marqué le moindre but en phase finale d’une Coupe du monde, et au cours du Mondial mexicain 86, Rabah Saâdane a fait l’objet d’une telle pression que l’équipe avait totalement raté son 2e Mondial.

Quel était, à vos yeux, le meilleur attaquant des Verts à l’époque?
Incontestablement Salah Assad, même si à l’époque cela n’avait pas du tout plu à certains de mes ex-coéquipiers de l’EN, quand je l’avais déclaré à la presse. Assad était un attaquant souvent régulier dans son jeu. Il marquait, et surtout faisait marquer des buts à notre attaque de l’époque.

Et quand on vous parle de Mustapha Dahleb?
Un grand monsieur du football qui s’est toujours caractérisé par une personnalité à part, et un comportement respecté par tous à ce jour. Une riche expérience accumulée au sein du football professionnel que beaucoup de jeunes devraient prendre comme exemple.

Et pour conclure?
Tout simplement ceci en guise de conclusion: les jeunes de ce pays sont des milliers à être en quête de formation et d’encadrement réel. Et le football est un moyen d’éducation de toute une génération en devenir aujourd’hui. Alors, c’est vraiment le moment de prendre en charge toute cette jeunesse, sinon il sera trop tard.

Source: L'EXPRESSION - Edition du 12 aout 2010


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