Je n’aime pas le voile, je n’ai jamais aimé le voile. Quand je vois une femme voilée, je ressens un malaise. Je ne comprends ni le voile ni les femmes voilées. Mais l’interdire? Non. Qui sommes-nous pour juger ces femmes et leur défendre de porter le voile?

 

Appelez cela comme vous voudrez, de l’angélisme, de la naïveté ou de la trop grande tolérance, peu importe. Je préfère être naïve et accepter des femmes voilées au travail. Les congédier parce qu’elles refusent d’enlever leur voile a quelque chose d’odieux.

Je n’aime pas les religions, je n’ai jamais aimé les religions. Elles exigent une foi absolue qui heurte mon esprit cartésien. Jamais je ne laisserai ma raison au vestiaire pour embrasser une religion. Les croyants sont convaincus qu’ils détiennent la vérité et que leur Dieu est seul et unique, tout-puissant et omniscient. Ce que je déteste le plus dans les religions, c’est leur aberrante capacité à alimenter des guerres. Je pense à l’Afghanistan, à l’Irak et à la Syrie qui s’enlise dans une guerre sauvage, où sunnites et alaouites se battent les uns contre les autres et où les intégristes prennent de plus en plus de place.

J’envie ceux qui croient. Souvent, ils n’ont pas peur de mourir, car ils ont un endroit où vivre après la mort. C’est peut-être pour ça que j’ai si peur de la mort, moi, l’athée finie. Le néant m’effraie, mais je préfère le néant, aussi vertigineux soit-il, au réconfort religieux.

Pour certaines femmes, porter le voile ne se négocie pas. Elles le portent, point. Il fait partie de leur vie, de leur culture, de leur identité, de leur religion. Une religion qui ne peut pas se pratiquer à temps partiel. Leur demander d’ôter leur voile huit heures par jour est une aberration qui souligne notre ignorance profonde de la religion musulmane. Et notre peur de la différence.

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Le gouvernement veut interdire le voile aux enseignantes, aux éducatrices en garderie, aux fonctionnaires et aux travailleuses dans les hôpitaux au nom d’une laïcité sans compromis, une laïcité qui, pourtant, existe déjà.

Le gouvernement a peur du voile, peur de sa charge émotive, peur du message qu’il véhicule. Il bannit le voile intégral, niqab et burqa, ce qui est une bonne chose, tout le monde s’entend là-dessus, mais le voile, le simple voile? Pourquoi l’interdire? Parce qu’il sous-entend que les femmes voilées ne sont pas égales aux hommes? Qu’elles sont opprimées et incapables de choisir librement le voile? Que la poignée de femmes voilées menace l’égalité homme femme au Québec? Et que l’État, dans sa grandeur d’âme, vole à leur secours?

Le voile est beaucoup plus complexe que cette équation bébête voile = femmes opprimées. On infantilise ces femmes en les obligeant à abandonner leur voile. L’État pense et décide pour elles. C’est réducteur et condescendant, comme si ces femmes avaient subi un lavage de cerveau qui les rendait incapables de faire des choix éclairés.

Pourquoi les femmes décident-elles de porter le voile? Plusieurs n’ont pas le choix et cèdent devant les pressions des hommes, de leur famille ou de la communauté musulmane. D’autres le portent par fierté ou par besoin d’affirmer leur identité, ou parce qu’elles sont croyantes et que la pratique de leur religion n’a pas de sens sans le voile.

À elles de juger. Nous vivons dans un pays libre qui s’est doté d’une charte qui garantit la liberté religieuse. On ne peut pas bazarder la charte parce qu’il y aurait une quelconque menace qui n’a jamais été prouvée ni documentée.

Les laïcs purs et durs qui militent pour imposer leur vision du monde sont aussi des croyants. Ne l’oublions pas.

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« Quand tu vas dans des pays musulmans, tu es obligée de porter le voile. Quand on est à Rome, on fait comme les Romains. » Combien de fois ai-je entendu cette phrase qui devrait me convaincre d’approuver l’interdiction du voile au Québec?

Oui, je porte le voile parce qu’on m’y oblige ou pour assurer ma sécurité, que ce soit en Afghanistan, en Iran, au Pakistan ou en Syrie quand j’interviewe des salafistes. Je dois même porter une burqa dans le sud de l’Afghanistan, fief des talibans. Je déteste la burqa. Quand je la mets, je disparais, je n’existe plus, comme si j’abdiquais ma liberté et mon identité. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point on étouffe sous une burqa.

Ces pays ne sont pas des modèles de démocratie. L’Iran est une dictature religieuse. Alors oui, je suis obligée de me voiler. Mais le Québec n’est pas l’Iran, encore moins l’Afghanistan ou le Pakistan.

À Radio-Canada, une femme voilée expliquait à la journaliste Azeb Wolde-Giorghis, qu’elle avait quitté son pays parce qu’elle était obligée de porter le voile. Aujourd’hui, elle serait obligée de l’enlever? Quand j’ai entendu cette musulmane, j’ai eu honte du Parti québécois, honte de sa vision étroite de la laïcité qui jette ces femmes dans des dilemmes déchirants et stériles : garder le voile ou perdre son emploi.

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