La musique raï, née de la fusion de deux formes de mélodies traditionnelles, le bédoui et le folklore oranais, a connu une évolution fabuleuse qui l’a propulsée des tripots – que beaucoup considéraient comme les lieux où végétait les bas-fonds de la société – au firmament du monde et devenir patrimoine immatériel universel reconnu par l’Unesco.

C’est l’histoire exceptionnelle du raï et ses origines qu’a tentée d’ébaucher samedi Mohammed Nadir Hales, un ingénieur éclectique, qui a plusieurs cordes à son arc. Invité dans le cadre des Journées du patrimoine culturel algérien programmées par la très active organisation indépendante Écomusée de l’Algérie (ÉDA), en collaboration avec le Musée des métiers d’art du Québec (MUMAQ), le conférencier est revenu longuement sur la genèse de ce genre musical populaire qui, après avoir été porté par la voix des chouyoukhs ( les maitres ) , a connu un début de modernisation avec l’éclosion de meddahates ( les conteuses ).

Dans l’introduction de sa thématique, M. Hales est remonté loin dans l’histoire du bédoui, allant jusqu’à évoquer les chants traditionnels des Zendani de la fin du 19 siècle et du début du 20 siècle comme le chant de résistance « Hadj Guillaume » qui persifflait contre l’occupant colonial.

« Bakhta », une histoire d’amour véridique

Au début du 20e siècle, le raï balbutiant était porté par des chouyoukhs, dont les plus emblématiques à l’époque étaient Cheikh Hammada et Abdelkader Khaldi. Ce dernier, né en 1896 à Mascara, faisait partie de la génération de poètes qui ont participé à la citadinisation du bédoui dans une période charnière de bouillonnement culturel algérien. Il était notamment auteur du texte inusité « Bakhta », une idylle vraie qui deviendra bien plus tard un tube repris par Cheb Khaled.

Avant lui, Abdelkader Bentobdji (1871 – 1948), un poète mystique, avait laissé à la postérité un texte d’anthologie en l’honneur du saint Sidi-El Houari, « Abdelkader ya Boualem », également repris par plusieurs chanteurs ultérieurement.

Deux autres pionniers de la musique populaire oranaise, en l’occurrence Ahmed Wahbi et Houari Bellaoui, ont également contribué au rayonnement de ce genre musical durant les années 1950.  

Avec l’introduction de nouvelles sonorités grâce à la modernisation de l’orchestration, le le raï a connu une évolution qualitative avec l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes qui l’ont popularisé à partir des cabarets oranais. Le conférencier cite notamment cheikha Rimiti, une icône de la musique populaire féminine, Messaoud Bellemou et Belkacem Bouteldja, des précurseurs du raï moderne, qui ont su donner un second souffle à cette musique subversive avec l’introduction de nouveaux instruments  comme la trompette et l’incorporation de sons électriques, alors que ce genre musical fut longtemps interdit dans les médias officiels.

Des cabarets oranais à l’Unesco

Il a fallu attendre le milieu des années 1980 pour voir un début de libéralisation du raï à l’occasion du premier festival à Oran avant de s’internationaliser avec la voix d’une nouvelle vague de chanteurs, dont Khaled, Mami et chebba Fadila, indique l’intervenant.

La montée en puissance du raï dans une période trouble de l’Algérie avait fait retourner les kalachnikovs des groupes terroristes islamistes contre des artistes qui voulaient chanter l’amour et l’espoir dans un pays assassiné par « les chasseurs de lumière ». L’on se souvient de l’enfant de Gambetta, Cheb Hasni, froidement abattu en 1994 à la fleur de l’âge, lui qui chantait « Mazal kayen l’espoir » ( il reste encore de l’espoir) . Une année plus tard, le producteur Rachid Baba Ahmed subira le même sort.

Mais cet espoir têtu aura raison de la bête immonde, vaincue par la société algérienne. Le raï qui s’est imposé depuis sur les scènes internationales les plus mythiques est, aujourd’hui, un patrimoine immatériel universel. Le raï célébré par les chouyoukhs et les meddahates aura ainsi pris sa revanche sur tous ceux qui ont voulu le proscrire chez les disquaires, à l’antenne et sur scène.

Contrarié autant par le conservatisme social que les censures officielles et combattu par les sicaires intégristes, le raï a miraculeusement survécu. Est-ce un hasard si dans le retour de la bigoterie en Algérie c’est encore dans la diaspora que l’on célèbre la profondeur d’une musique dont le mot qui la définit signifie « esprit », un mot qui célèbre la liberté de décider de soi ?  

https://www.adn-med.com/2023/06/04/montreal-le-rai-des-cabarets-oranais-a-lunesco/

De Montréal : Nadir B.

 


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