Quitter Sherbrooke à regret à cause de la loi 21

Le restaurateur sherbrookois Imed Lakdhara peine encore à croire que le gouvernement Legault est allé à l’encontre de la Charte des droits et libertés en adoptant la loi 21 sur la laïcité de l’État qui interdit entre autres le port de signes religieux aux personnes en position d’autorité dans la fonction publique.

Depuis les premiers balbutiements des débats sur le projet de loi, M. Lakdhara n’a jamais caché ses intentions, en lançant le mouvement #quitterleQuébec, de quitter sa terre d’accueil le cas échéant. Il affirme d’ailleurs ne pas être seul à envisager un déménagement vers Ottawa. En moins de 24 heures, le créateur du mouvement aurait reçu plus de 120 messages sur les réseaux sociaux de la part de familles immigrantes ne se sentant plus les bienvenues au Québec.

« On se disait que c’était impossible que ça passe. C’était aussi la décision de ma femme. Lorsque je lui ai posé la question à savoir si on quittait le Québec, elle n’a pas hésité un instant à me répondre oui. J’ai vu dans son visage que ça n’allait pas », déplore-t-il.

En neuf ans, j’ai rencontré des gens excellents. J’adore Sherbrooke, mais je ne veux pas que mes enfants grandissent avec cette loi.

Imed Lakdhara

L’homme qui se considère davantage comme Sherbrookois que Québécois quittera à contrecœur cette ville qu’il a tant aimée.

« J’ai des frissons quand je pense à mon départ. Quitter Sherbrooke, c’est inconcevable pour moi. Ça fait neuf ans que je suis ici. En neuf ans, j’ai rencontré des gens excellents. J’adore Sherbrooke, mais je ne veux pas que mes enfants grandissent avec cette loi », affirme l’homme visiblement ému.

Le propriétaire du restaurant La Constantinoise ne peut s’empêcher de penser au sort des femmes.

La professeure retraitée-associée à l’Université de Sherbrooke Michèle Vatz-Laaroussi PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE, RENÉ MARQUI

« Mettons-nous à la place des femmes voilées. Si vous êtes une femme brillante et que vous avez le potentiel d’être directrice, vous ne pouvez pas parce que vous portez le voile. Le calvaire que vont vivre ces femmes, c’est honteux! »

M. Lakdhara ne sait pas encore à quel moment il quittera Sherbrooke, mais une chose est sûre, c’est qu’il ne veut pas vivre dans un Québec avec des lois discriminatoires à ses yeux.

Mieux vivre ensemble?

La professeure retraitée-associée de l’Université de Sherbrooke Michèle Vatz-Laaroussi, spécialiste de l’immigration en région, s’inquiète pour l’avenir du Québec et sa diversité.

« C’est une discrimination envers un certain nombre de personnes, mais ce n’est pas forcément les personnes réellement discriminées qui seront touchées », affirme Mme Vatz-Laaroussi. Selon elle, comme le prouve M. Lakdhara, les gens sont affectés moralement.

À la suite de l’adoption de cette loi, plusieurs se demandent s’ils resteront dans la province et d’autres hésitent à y immigrer.

« On le sait bien, on a besoin de travailleurs. Lorsque les gens vont arriver au Québec, ils ne se sentiront pas accueillis. C’est inquiétant sur le plan de la diversité. Qu’ils portent ou non le foulard, qu’ils soient visés ou non, c’est un effet dissuasif. Un sentiment d’exclusion et de rejet de la part du Québec. Pour en avoir discuté avec plusieurs, c’est vraiment le message qu’ils reçoivent. Ils sont inquiets. Une peur que l’État ne les protège pas au même titre que tous les citoyens », déplore-t-elle.

À cela, elle ajoute que ce n’est rien pour aller à l’encontre des préjugés existants. Il faut, au contraire, les amoindrir.

« À Sherbrooke, on est une ville d’accueil, de réfugiés, d’immigrants. Le nombre grandit chaque année et cette question du “ vivre ensemble ” doit nous préoccuper. Il faut avoir envie de développer des projets ensemble plutôt que d’être chacun dans nos communautés et de se refermer sur soi-même.

 

Source: https://www.msn.com/fr-ca/actualites/quebec-canada/quitter-sherbrooke-à-regret-à-cause-de-la-loi-21

 

 

 

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