Montréal Ajouad Algérie Mémoires, ou le refus de l’amnésie

La date du 22 mars commence à rentrer dans les mœurs. Les Algériens rendent hommage et honorent la mémoire des victimes du terrorisme islamiste qui a ensanglanté l’Algérie pendant les années 90’.

La diaspora algérienne au Canada n’est pas restée en marge de cette dynamique, elle qui est composée d’une bonne partie de l’intelligentsia algérienne ayant fui le terrorisme islamiste et son projet d’instauration d’un Etat théocratique qui ferait pâlir de jalousie Daech et ses satellites.

Vendredi prochain, 23 mars, car le 22 est un jour de semaine, aura lieu à Montréal, pour la huitième année consécutive, la Journée contre l’oubli des victimes du terrorisme islamiste en Algérie. Pour cette édition, la branche montréalaise de Ajouad Algérie Mémoires a invité le dramaturge algérien Omar Fetmouche qui présentera sa pièce de théâtre Yasmine stigmatisant le viol comme arme de terreur et dénonçant la passivité sociale face à l’influence hégémonique de l’obscurantisme religieux et aux diktats brutaux des autorités.

«A travers cette commémoration, on veut transmettre deux messages. Le premier, c’est de souligner la mémoire des personnes qui ont été assassinées pour qu’on ne les oublie pas, mais aussi pour ce qu’elles portaient comme perspectives pour l’Algérie.

En second lieu, dénoncer l’Etat algérien dont toutes les institutions réunies ont complètement effacé et mis de côté ce sacrifice», explique Azeddine Achour de Ajouad Montréal rencontré avec d’autres membres lors d’une réunion de préparation de l’événement de vendredi prochain. Au même moment, le journaliste Karim Ouadia tournait sur le lieux une capsule vidéo sur Ajouad Montréal. «On était une dizaine au début.

On était conscients qu’il fallait s’inscrire dans la durée. Il fallait commencer par un petit noyau de gens convaincus, puis étoffer le mouvement», ajoute celui qui a fondé Ajouad Montréal juste après la création en France de Ajouad Algérie Mémoires par Nazim Mekbel, le fils de Saïd Mekbel, le célèbre chroniqueur du journal Le Matin assassiné le 3 décembre 1994. Ce devoir de mémoire est souligné par tous les membres du groupe. «Nous les avons oubliés et certains voudraient les effacer.

Ces gens étaient de condition modeste. Il y avait certes parmi eux des gens connus, des hommes et des femmes de culture, des enseignants universitaires, mais il y avait aussi des gens ordinaires qui ont été tués par les terroristes juste parce qu’ils travaillaient pour le gouvernement, de simples gardiens d’infrastructures. On leur reprochait de travailler pour le taghout (le tyran)», rappelle Lazhar Zouimia.

Amel, Raja, Nazim...

Au fil des questions et des discussions, Rachida Aït Tahar a du mal à oublier. «Je ne peux pas oublier. On peut peut-être pardonner, comme a dit Nelson Mandela, mais on n’oublie pas.» «On ne décide pas comme ça de pardonner. Au nom de quoi ? C’est aux familles des victimes de pardonner. Elles doivent comprendre pourquoi leurs parents ont été tués.

C’est à ces familles que revient le droit de pardonner», ajoute Lazhar Zouaïmia. Ajouad Algérie Mémoires a été créée le 3 décembre 2010, jour anniversaire de l’assassinat de Saïd Mekbel. «J’ai eu l’idée en octobre 2010. J’ai alors pris contact avec Amel Faredheb, la fille de Abderrahmane Fardeheb assassiné le 26 septembre 1994. J’ai aussi contacté Raja Alloula , entre autres.

C’est Amel Fardeheb qui a eu l’idée du nom qui renvoie à la pièce de théâtre de Abdelkader Alloula, lui aussi tué le 14 mars 1994», nous explique Nazim Mekbel, contacté sur internet. «Je suis le président de l’association en France, mais je considère qu’Ajouad n’est pas juste une association. Pour moi, c’est un mouvement citoyen qui traverse les frontières et tout le monde travaille en totale indépendance.

L’essentiel c’est d’être dans la même philosophie», ajoute celui qui se dit «content que la date du 22 mars commence à rentrer dans les mœurs et que les gens commémorent cette date sans qu’on ait besoin de leur faire un rappel. C’est à ça que je voulais arriver. Il y a même des étudiants de Béjaïa qui vont le faire comme ils l’ont fait l’année dernière, eux qui n’ont même pas connu la décennie noire sont en train de la faire.».

 

Source: http://www.elwatan.com/actualite/montreal-ajouad-algerie-memoires-ou-le-refus-de-l-amnesie-16-03-2018-364473_109.php

 

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