J’accuse la FFQ de trahir le combat des femmes

Photo : Robert Mailloux, La PresseFortement épaulée par des représentantes du Conseil islamique canadien et de Présence musulmane, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) vient d'adopter une résolution banalisant le port du voile islamique dans les institutions publiques québécoises lors d'une assemblée générale spéciale qui s'est déroulée à l'Université Laval, vendredi dernier, et à laquelle j'ai assisté en qualité d'observatrice. Il y a des alliances et des prises de position qui minent les principes. Avec cette dernière, la crédibilité de la FFQ est sérieusement entachée. Pour une poignée de militantes islamistes, la FFQ a sacrifié des millions de femmes musulmanes qui se battent au péril de leur vie. Aujourd'hui, il n'y a qu'un verbe qui tourne en boucle dans ma tête: j'accuse!

 

J'accuse la FFQ de trahir la lutte historique des femmes d'ici pour se débarrasser de l'hégémonie de l'Église catholique.

J'accuse la FFQ de mettre un bâillon (encore un!) sur la bouche de toutes celles qui, dans le monde, subissent dans leur chair la barbarie des régimes oppressifs musulmans qui les obligent à porter ce linceul de la mort.

J'accuse la FFQ de compromission avec des mouvements politiques des plus rétrogrades tels que le Conseil islamique canadien qui a mené une campagne acharnée pour l'instauration des tribunaux islamiques en Ontario, ou encore, Présence musulmane qui fait la promotion des thèses de Tarik Ramadan qui prône un «moratoire» sur la lapidation des femmes adultères, un châtiment préconisé par la charia islamique. Un moratoire!

Le 28 février 1994, Katia Bengana, une jeune lycéenne de 17 ans, fut sauvagement assassinée par le Groupe islamique armé (GIA) qui avait imposé aux femmes de mon pays, l'Algérie, l'obligation de porter le voile islamique. Katia était de cette trempe de femmes qui ne courbent pas l'échine et c'était en connaissance de cause qu'elle sortit de chez elle la tête nue. Ce jour-là, j'ai compris qu'être femme avait un prix. J'avais 21 ans. Alors qu'à cet âge en général, on rêve de mille et une fantaisies, moi, je ne rêvais que de sauver ma peau. Ce jour-là, j'ai compris aussi que le combat pour la liberté et l'émancipation des femmes était l'un des plus périlleux. Cependant, j'étais loin de m'imaginer que cet engagement, aussi ardu soit-il, allait être aussi solitaire.

Vendredi dernier, lorsque j'ai rappelé l'assassinat de Katia et celui de Aqsa Parvez à Toronto, cette jeune fille de 16 ans assassinée par son père le 11 décembre 2007 parce qu'elle refusait le port du voile islamique, on me signifia que mon combat était émotif. Certaines participantes m'ont même accusé de venir me faire du capital politique. C'est bien étrange, mais personne ne fit la même remarque à des participantes du NPD et de Québec solidaire, candidates aux dernières élections. Personne ne trouva rien à dire quant à la participation de Présence musulmane ni à celle du Congrès islamique canadien. Bref, personne n'était là pour des raisons politiques... sauf moi.

Combien de Aqsa Parvez faudra-t-il encore pour qu'enfin la FFQ comprenne que la bataille pour la liberté se déroule aussi, ici même, dans notre pays au sein de nombreuses familles musulmanes? Que vaut le sang de ces jeunes filles et de ces femmes? Pour la FFQ, certainement pas grand-chose.

 

Source: http://www.cyberpresse.ca/opinions/forums/la-presse/200905/12/01-855618-trahison.php


L'auteure a publié récemment «Ma vie à contre-Coran», aux Éditions Voix Parallèles.

Commentaires

0 #7 Guest 20-05-2009 13:12
Une tres belle opinion d'une Quebecoise, parue dans La Presse :
http://www.cyberpresse.ca/opinions/forums/la-presse/200905/20/01-858000-un-signe-de-domination.php

Ca nous change des feministes a la nouvelle sauce Algerienne.
0 #6 Guest 15-05-2009 22:31
J'espère que nous ne serons pas contraints à choisir entre deux extrémismes (intégrisme religieux et féminisme des années 70). Les choses n'ont, heureusement, jamais été que noires ou blanches. Il y a eu même création de nouvelles couleurs ces denières années. Celui qui n'est pas avec vous, n'est pas forcément contre vous. Georges W. Bush en connait quelque chose sur le sujet.
0 #5 Guest 15-05-2009 00:41
Je felicite le gouvernement du Quebec, par la voix de sa ministre St-Pierre, qui endosse la position de la FFQ. Vive le multiculturalisme et la tolérance.
Ceux qui veulent appliquer la loi Francaise de Sarkozy, peuvent toujours aller vivre chez l'ancienne puissance coloniale, si les valeurs de ce pays en déclin leur conviennent.
0 #4 Guest 14-05-2009 08:41
Euh, excusez ma compréhension du sujet mais j'avais l'impression que la FFQ n'a pas banalisé le port du voile, mais au contraire, cette fédération a officiellement déclaré qu'il faut qu'il y'ai respect des choix des femmes et que le Québec n'avait pas le droit de les priver du droit du port du voile, ou que les québecois les jugent par rapport à ca, Mais au même temps, la fédération est contre toute oppression de la femme ...leur slogan est: ni obligation religieuse, ni interdiction étatique...
Donc, pourriez vous mieux expliquer svp, votre opposition à cette déclaration qui m'a l'air tout à fait raisonnable et equilibrée!
Liens pour la déclaration:
1/http://algerienetwork.com/index.php?option=com_content&task=view&id=306&Itemid=12
2/http://www.ffq.qc.ca/
0 #3 Guest 13-05-2009 11:34
L'apport de Djamila Benhabib est historique dans le contexte de la place de la femme musulmane au Québec. Je dis bien femme musulmane et non pas islamiste. La différence est de taille et nous le savons nous, algériens, qui avons vécu les affres de l'intégrisme et du terrosisme exporté par Khomeiny et les ayattollahs de la révolution islamique d'iran. Qui n'avait de cesse avec les Belkhadem et autre individus de bas étages à non pas donner et rendre à ml'Islam sa place mais à le remplacer par l'ISLAM POLITIQUE. Le combat des femmes algériennes ne datent pas des années ''90'' mais de bien plus loin, il rappelle celui de Tin HInan, de la Kahina et Fathma N'Soumer. Le contexte est le même il concerne la libération de l'HOMME MASCHO par la libération et l'émancipation de la femme, C'est le seul salut pour que l'homm e Algérien retrouve sa Redjla est son amazighité. Le reste n'est que palabres. Continues Djamila ton combat est juste. Un homme libéré par sa femme et qui le revendique. Rachid Tazoulti. Un Chaoui parmi tant d'autres.
0 #2 Guest 13-05-2009 05:24
Et voila une autre intervention pathétique de notre pseudo-auteure. Non contente d'avoir déverser son fiel auprès de chroniqueurs de second ordre et connus pour leur haine de l'étranger (Dutrizac, Martineau, ...), la voila qui assimile ses principes ou son combat a celui de toutes les femmes d'ici ! Quel manque de jugement !!
Je préfère de loin, de très loin, la position de la FFQ, qui regroupe en son sein, de vrais femmes combattantes pour leurs droits, de vrais droits, que celle risible de notre auteure, pour qui droit de la femme semble uniquement se centrer sur port de tel ou tel vêtement.

Heureusement qu'à la FFQ et chez les femmes qui réfléchissent, on sait depuis longtemps, que le port d'un foulard est une soumission a Dieu et que est un choix personnel bien plus honorable que la soumission aux hommes et a la mode, en portant mini-jupe, tee-shirt bedaine, ... et pourquoi pas pieds nus ...
0 #1 Guest 12-05-2009 07:07
Expliquez moi les bénifices d’interdire le voile dans certains emplois pour une femme forcée de le porter ?

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