Djemila Benhabib, le peuple du Québec peut-il compter sur votre courage ?

En tant que membre du peuple québécois, je réponds à votre lettre, publiée au Devoir du 13 mars intitulée ''Peuple québécois, puis-je compter sur ta solidarité?''. Votre lettre, Djemila, souffre de quelques nuances de taille. Votre grande inquiétude devant le phénomène du voile islamique est fondée sur une expérience traumatisante, certes, mais vécue dans un autre pays. Puis-je vous rappeler que le Québec n'est pas l'Algérie ?



"La laïcité n’est pas une option spirituelle parmi d’autres, elle est ce qui rend possible leur coexistence, car ce qui est commun en droit à tous les hommes doit avoir le pas sur ce qui les sépare en fait." Régis Debray.

En tant que membre du peuple québécois, je réponds à votre lettre, publiée au Devoir du 13 mars intitulée ''Peuple québécois, puis-je compter sur ta solidarité?''. Votre lettre, Djemila, souffre de quelques nuances de taille. Votre grande inquiétude devant le phénomène du voile islamique est fondée sur une expérience traumatisante, certes, mais vécue dans un autre pays. Puis-je vous rappeler que le Québec n'est pas l'Algérie ? Que les musulmans du Québec ne sont pas tous originaires d'Algérie. Ils n'ont pas tous vécu, dans leur pays d'origine, cet islamisme ravageur et assassin dont vous avez été témoin et dont apparemment vous gardez encore des séquelles.

Si le débat sur la laïcité au Québec, notamment en matière d'égalité homme-femme, ravive vos douleurs du passé, puis-je compter sur vos efforts pour ne pas confondre deux histoires:

1- L'histoire d'un islamisme algérien qui demeure essentiellement le résultat d'une longue et douloureuse pression coloniale et postcoloniale sur le peuple d'Algérie. Aussi douloureuse soit-elle cette histoire est celle d'une transition.

2- L'histoire d'un Québec qui chemine longuement mais sûrement vers sa pleine modernité depuis la révolte des patriotes en passant par le manifeste du Refus global, la révolution tranquille et la déconfessionnalisation du système scolaire. C'est l'histoire d'une autre transition.

Puisque c'est au Québec que vous vivez depuis plusieurs années, loin d'Algérie, le peuple québécois peut-il compter sur vous pour l'aider à faire sa propre transition. Celle qui s'inscrit en continuité et en cohérence avec sa propre histoire. Les questions de laïcité et d'égalité homme femme n'ont pas attendu le phénomène du voile et du niqab pour être à l'ordre du jour. Mais comme d'autres pays occidentaux qui accueillent des immigrants, le Québec se trouve depuis quelques années interpellé dans sa propre identité. Il n'échappe pas, lui aussi, à cette crispation identitaire, que j'espère passagère, mais qui l'empêche pour l'instant de poursuivre le processus vers une laïcité pleine et entière. Le peuple du Québec peut-il compter sur vous pour l'aider à ne pas voir dans l'immigrant musulman un obstacle à son épanouissement ?

Sans sous-estimer le phénomène du voile islamique au Québec, il ne devrait pas masquer d'autres formes d'inégalités dont les femmes sont victimes. Micheline Dumont rapportait dernièrement dans les pages du Devoir qu'au Québec la profession où se retrouve le plus grand nombre de femmes c'est le secrétariat! 100 000 secrétaires. D'après cette historienne, presque un million de femmes au Québec, des secrétaires, des serveuses, des caissières, des préposées, des coiffeuses, etc, n'arrivent pas à gagner le salaire de trois présidents de banque. En tant que féministe, puis-je compter sur le même courage que vous déployez à combattre les islamistes, pour dénoncer cette réalité québécoise dans laquelle les islamistes algériens n'ont aucune responsabilité?

Par ailleurs, l'accomplissement de la laïcité au Québec ne dépendra pas uniquement de la disparition du voile islamique. Dans votre lettre, vous réduisez le port des signes religieux dans la fonction publique québécoise uniquement au voile. La laïcité n'a pas pour mission d'exclure une religion en particulier de l'espace civique, mais toutes les religions. Pas plus le voile à l'école ou à l'hôpital que le crucifix à l'Assemblée Nationale du Québec.

La laïcité que je souhaite pour le Québec de nos enfants, ne réglera pas uniquement la question du voile. Elle ne fera pas avancer uniquement la cause de l'égalité homme-femme. Une laïcité pleine et entière empêchera toute instrumentalisation du politique par le religieux et encore plus important, du religieux par le politique. C'est sa mission première. Certaines élites politiques du Québec instrumentalisent ouvertement la religion de ''l'autre'' au profit de leur agenda politique. En réduisant la laïcité uniquement à l'interdiction du voile islamique de la fonction publique, vous jouez leur jeu.

Depuis la sortie de votre livre ''Ma vie à contre-Coran'', vous avez gagné effectivement la sympathie de beaucoup de gens et surtout de beaucoup de médias. Cela ne me surprend guère. Le titre de votre livre, à lui seul, est un faire valoir de cette crispation identitaire dont un des symptômes: Réduire la culture de ''l'autre'' uniquement à sa religion. Votre livre nourrit l'amalgame entre Coran et islamisme. Ceci dit, c'est votre droit d'être contre une religion et de la critiquer aussi sévèrement que vous le désirez. Mais l'objectif de la laïcité n'a jamais été un appel à la haine d'une religion. Dans le contexte québécois, les valeurs de laïcité auxquelles vous êtes très attachées, sont à mon avis moins fragilisées ou menacées par les islamistes, que par une société québécoise qui n'assume pas encore entièrement son parcours vers la laïcité. J'ai parfois l'impression que le débat sur la laïcité au Québec vous sert de prétexte pour régler vos comptes avec les islamistes d'un autre pays. Puis-je compter sur vous pour faire la part des choses ?

Djemila Benhabib, en tant que membre du peuple québécois, j'espère compter sur vous et votre grand courage pour démasquer avec d'autres citoyens du Québec, les véritables ennemis de la laïcité. Ces multiculturalistes qui militent activement pour que les signes religieux soient acceptés et maintenus dans les institutions publiques. Ils ont plus facilement accès aux médias que n'importe quelle musulmane voilée. Ils président et conseillent des commissions sur les accommodements raisonnables. Ils voient d'un bon oeil le cour d'Ethique et Cultures Religieuses. Ils prêchent l'ouverture sur la religion de ''l'autre'' alors qu'en réalité c'est pour leur propre religion qu'ils désirent préserver des privilèges! Ils se disent philosophes et intellectuels pluralistes et tolérants alors que mine de rien, ils encouragent un communautarisme grandissant qui menace la paix sociale au Québec.

18 mars 2010

Commentaires

+1 #1 Guest 22-06-2010 21:26
Bizarre. J'ai lu dans le dernier livre de R
Tariq Ramadan que les musulmans d'occident qui se montrent critiques (ou carrément en désaccord) envers lui sont des gens qui ont eu une histoire malheureuse avec des terroristes dans leurs pays d'origine.
En somme, les islamistes, soft ou hard, peuvent avoir des idées (celestes) et les défendre, mais ceux qui sont contre ces idées ne seraient motivés que par des raisons personnelles.
Selon cette affirmation de Tariq Ramadan, une personne ayant survécu au cancer n'a aucune crédibilité quand elle tente de sensibiliser la société pour lutter contre ce fléau.
Djamila Benhabib est donc traumatisée et délire tout simplement. L,islamisme est une spécificité algérienne causée par des facteurs extérieurs à la culture de ce pays. Comme le Québec n'est pas l'Algérie, il ne saurai exister d'islamiste dans cet Eldorado où tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil.

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