CAAN: Création d'un regroupement pour les 60.000 algériens d'amérique

Le lobby algérien viendra-t-il de l’Amérique?

Avec une communauté estimée à 60.000 membres sur le continent nord-américain, les Algériens n’ont toujours pas su monter un lobby efficace. Toutefois, une initiative lancée par des Algériens établis au Canada, compte remédier à ce déficit de représentation.

Entre les appels pressants du Président Bouteflika pour les Algériens établis aux États-Unis et au Canada à revenir en Algérie ou à y investir, et la sous-représentation de la communauté algérienne en Amérique du Nord, un groupe d’Algériens, à leur tête Nacer Bouti, a décidé de lancer le projet ambitieux de réunir cette communauté sous la forme d’un lobby. La coopérative des Algériens en Amérique du Nord (CAAN) qui devrait être lancée, officiellement, le 25 mars à Montréal, où se trouvent les deux tiers des Algériens installés au Canada, est de ce fait, la première tentative d’envergure pour s’organiser en communauté structurée et influente exploitant l’idée du communautarisme très répandu en Amérique du Nord.

«Pour construire son avenir, la communauté algérienne doit prendre en considération cet aspect distinctif et fondamental du mode de fonctionnement des communautés en Amérique du Nord.

Des communautés plus anciennes ont bâti leur force économique et leur cohésion sociale sur ce principe: les Italiens, les Grecs, les juifs, les Portugais, les Polonais, les Ukrainiens ont tenu compte de cette donne fondamentale (...) ».

L’architecte de ce projet, Nacer Boudi, expose dans un communiqué les détails de cette entreprise colossale qui met en exergue les raisons du déficit de représentation des Algériens d’Amérique: «jusque là, notre communauté n’a bénéficié ni d’un dollar, ni d’un cent. Notre communauté qui compte, au niveau du seul Montréal, quarante mille personnes, n’a tout simplement aucune représentation digne d’elle et qui puisse, surtout, parler en son nom». Qualifiant cette situation «d’extrêmement préjudiciable qui induit un énorme manque à gagner, tant en argent qu’en visibilité», le promoteur de la CAAN espère récolter des fonds estimés à 10 millions de dollars pour financer cette coopérative.

Malgré son niveau d’instruction élevé (85% des Algériens du Canada sont de niveau universitaire), la communauté algérienne demeure travaillée par les incertitudes qui ont mené plusieurs de ses membres à rentrer en Algérie, fragilisés par leur échec d’intégration au Canada: «des dizaines de milliers d’Algériennes et Algériens se sont retrouvés déclassés, contraints de s’orienter vers des créneaux pénibles et peu rémunérateurs, astreints à la précarité à vie, le moral miné devant les perspectives barrées», analyse Nacer Boudi qui ajoute que les Algériens se retrouvent souvent devant une question lancinante: «repartir, rester, la question n’est toujours pas tranchée et occasionne des dégâts collatéraux dévastateurs: les divorces sont en augmentation exponentielle, le phénomène du suicide, désormais établi. L’Algérien, alors, doute de lui-même, se croit incapable».

Mais pour structurer de manière viable cette communauté dispersée, la CAAN se pose des objectifs précis comme améliorer la qualité de vie des Algériens d’Amérique du Nord, prendre en charge, faciliter l’intégration et orienter les nouveaux immigrants algériens en Amérique du Nord, financer le tissu associatif algérien, prendre en charge complètement les frais de rapatriement des compatriotes décédés en Amérique du Nord ou créer «une école académique pour les enfants» et «une maison culturelle algérienne». La CAAN veut aussi plancher sur le problème de l’absence d’une liaison aérienne directe entre Montréal et Alger, mettre en place une agence bancaire spécifique et créer un «Conseil des Sages et spécialistes en la matière, au service des familles algériennes pour aider à la résolution et l’atténuation des conflits reliés au divorce, à la violence, à la délinquance».

Le projet de la CAAN risque de se heurter aux problèmes de financement. Ses promoteurs ne comptent pas nécessairement sur les dons, ni particulièrement les subventions des agences fédérales canadiennes et américaines mais en instituant la coopérative en «centre de profits» qui s’autofinancerait, en quelque sorte, par la création de ses propres services dédiés aux Algériens. Rien n’indique si la CAAN trouvera un écho favorable au sein de la communauté algérienne éclatée sur un continent américain immense, surtout que les tentatives précédentes ont échoué. Les Algériens demeurant divisés, politiquement, culturellement, ethniquement ou idéologiquement, ce qui a empêché l’émergence d’un lobby structuré sur un continent qui offre, pourtant, une pleine mesure à ces regroupements lobbyistes et communautaristes. Reste aussi l’inconnue des services qui seront rendus par la CAAN qui sont, à l’origine, dévolus aux seules représentations diplomatiques. L’incapacité des ambassades de regrouper les Algériens autour de projets fédérateurs, a également empêché toute organisation algérienne à l’étranger à se rassembler en lobby complémentaire à l’action de la diplomatie algérienne.

Source: http://www.quotidien-oran.com/quot3096/even.htm

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