Remous au sein des associations algéro-canadiennes

Dans les sociétés multiethniques, les associations constituent les poumons des communautés culturelles, à condition que tout le monde respire la même qualité d’air et bénéficie des meilleures conditions de vie.

Une chose est sûre : au Canada, tout est réuni pour réussir collectivement.

Les Algériens, dont le nombre a augmenté en Amérique du Nord, ont senti le besoin, il y a quelques années, de s’organiser au sein d’associations pour défendre leurs intérêts et préparer le terrain à ceux qui veulent s’impliquer au niveau social et politique, surtout après les tentatives prometteuses de Mme Naïma Sebbah aux élections municipales de 1998 et de Tarik Mihoubi, ex-directeur général du Parti Vision Montréal. Depuis, les choses ont beaucoup évolué dans le bon sens et on compte aujourd’hui en moyenne une association pour 2.173 Algériens. Au total, nous avons recensé 23 organismes communautaires, dont 21 basés à Montréal, qui, malgré une évolution positive, entretiennent parfois des rapports difficiles, alimentés par la rivalité entre les différents présidents, dont certains sont là depuis 15, 10 et 8 ans, entourés d’amis et de proches dévoués qui forment l’ossature de leur association. A quelques exceptions près, personne ne sait comment ils sont élus, réélus et combien ils vont rester. A Calgary, en Alberta, les choses se passent différemment, affirme l’actuel président de l’Association des Algériens de Calgary (CAA), Djamel Madi. « L’association a démarré sur de bonnes bases: la transparence et l’instauration dès la première année d’une culture d’alternative. L’exemple a été donné par le premier bureau exécutif dirigé par Mourad Fodil-Chérif (..). Ils ont décidé à l’unanimité de ne pas renouveler leurs candidatures pour permettre à d’autres et surtout aux jeunes de diriger l’association ». La première direction de l’AAC a permis à l’association d’émerger et d’aller vers la concrétisation de projets concrets qui se sont soldés par l’organisation de plusieurs événements, avant de laisser la place aux jeunes. A Montréal, les associations ont gardé les mêmes représentants et ils ne sont pas près de partir, d’autant plus que les conflits et les malentendus générés par cette situation ont conduit au sabotage de plusieurs projets fédérateurs, dont la Coopérative des Algériens en Amérique du Nord (CAAN), lancée par Nasser Boudi le 25 mars 2004, et la Maison d’Algérie, initiée par le député Mounir Hamdani. A ce sujet, l’homme d’affaires Farid Mekidèche dit « ne pas comprendre l’attitude des représentants qui n’appuient pas les projets d’un élu de leur propre communauté». Depuis, on s’interroge sur le rôle des associations et l’image qu’elles renvoient à la société d’accueil en refusant de s’ouvrir et de travailler ensemble, tout en adoptant de véritables réformes basées sur une politique d’alternative. « Nos représentants doivent s’inspirer de ce qui se fait au Québec », affirme un membre d’une association, qui indique en même temps que, tout près de nous et après cinq années passées à la tête du mouvement associatif, Yasmine Alloul, Québecoise d’origine marocaine, présidente de l’Association des jeunes professionnels marocains, (AJPM) et de l’Association libérale de Fabre depuis mai 2005, annoncera, le 6 décembre, sa candidature aux prochaines élections provinciale dans le comté de Rosemont pour le parti Libéral du Québec. Un cheminement logique au regard de l’itinéraire d’élus québécois issus de l’immigration, dont le parcours est similaire à celui des représentants de la communauté algérienne. Fatima Houda Pépin (Maroc) du parti Libéral du Québec, Vivian Barbot (Haïti), Maria Mourani (Libanaise, née en Côte d’Ivoire), et le cinéaste Maka Kotto (Cameroun), députés du Bloc Québécois, sont des exemples à suivre. Ils ont eu des parcours différents. Après plusieurs années dans le mouvement associatif, ils ont quitté leurs postes au bon moment pour siéger parmi les parlementaires à Québec et à Ottawa, pendant que d’autres ont pris leur place dans les associations où ils avaient milité.

Au Canada, a titre d’exemple en matière de démocratie associative, l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF) oeuvre depuis 1947. Durant cette longue période, elle a été dirigée par 24 personnalités, ce qui donne en moyenne un président tous les 2 ans et demi, à l’exception de l’actuel dirigeant, M. Gérald C. Bourreau, qui est là depuis 2000. Plus précisément et durant 59 ans, 4 présidents sont restés 1 an, 13 présidents deux ans, 1 trois ans et 5 quatre ans.

Si les changements ne viennent pas de l’intérieur des associations, celles-ci ne peuvent résister aux contestations externes qui alimentent le mécontentement au sein de la communauté. Profitant du libre choix du sujet, un auditeur de l’émission Taxi Maghreb, qui s’est présenté sous le nom de Ouali, avait reproché le 11 novembre aux deux animateurs de « critiquer les différents gouvernements et de fermer les yeux sur les associations et leurs représentants ». Qui dit association dit aussi invitation aux soirées et événements en présence des hauts responsables québécois et représentants diplomatiques: alors personne n’a envie de se brouiller avec eux, d’autant plus que les deux animateurs sont proches du mouvement associatif. Prié d’éclairer ses propos, l’auditeur, qui a dit tout haut ce que tout le monde pense bas, s’est contenté de citer le Centre culturel algérien (CCA), sans donner trop de précision. Les réactions de Mouloud Kebbache, suivi de Lamine Foura, ont dissipé les soupçons et les doutes. « A l’émission, on est prêt à débattre tous les dossiers, y compris celui des associations ». Quant à Lamine Foura, pour lui « une association communautaire doit s’ouvrir à tout le monde, respecter ses propres statuts et renouveler ses représentants », avant de laisser pendant 40 minutes la parole aux auditeurs pour débattre le sujet en direct. Sur le plan individuel, les Algériens brillent dans les universités et dans les grandes compagnies occidentales, mais sur le plan collectif, c’est catastrophique, même lorsqu’il s’agit de l’organisation des fêtes du 1er Novembre et du 5 Juillet. Il est même impossible de les voir ensemble au moins une fois par an, à l’exception des réceptions organisées par l’ambassade et le consulat général, où il est rare de refuser l’invitation. Pour Zineb Sahli, la présidente de l’Union des artistes algéro-canadiens (UDAAC), « on peux fêter ensemble au moins deux importants événements algériens, le 1er Novembre et le 5 Juillet ». Pour pallier cette défaillance et à défaut de faire face ensemble à leur communauté, les associations exhibent leur bilan annuel qui est positif au niveau de chaque organisme. Mais que ce soit à Montréal ou dans le reste du Canada, et malgré le conflit qui oppose les membres de la communauté sur la démocratisation du mouvement associatif, les enseignements qu’on garde des récents développements sont rassurants sur plusieurs plans grâce surtout à l’émergence sur la scène communautaire de plusieurs associations qui apportent un nouveau souffle à la communauté algérienne, représentées par le Cercle des familles algériennes (CFA) de Naïma Mimoune, l’Union des artistes algéro-canadiens (UDAAC), l’Association des femmes algériennes du Canada (AFAC) et Solidarité Québec Algérie (SOQUAL), la dernière des nouveau-nées, présidée par Salem Farid.

Source: http://www.lequotidien-oran.com/quot3638/even.htm

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