Rencontres interculturelles à Montréal: L’amazighité algérienne à l’honneur

L’amazighité algérienne à l’honneur

Une dizaine d’artistes-peintres d’origine algérienne et québécoise ont accepté de participer à la Semaine québécoises des rencontres interculturelles organisées par l’Association Amazighe (Berbère) de Montréal Tirrugza et parrainées par le Ministère des Relations avec les Citoyens et de l’Immigration du Québec (MRCI).
En effet, le grand hall du Centre des loisirs de Parc-Extension (ex siège du Ministère de l’Immigration du Québec) a abrité récemment une grande exposition d’arts visuels sous la direction de l’Algérien Ali Kichou. Le vernissage de cette grande manifestation a coïncidé avec un grand gala qui a drainé plus de 350 personnes et qui est animé par la troupe Azzetta (chants et danses berbères d’Algérie), le groupe Anzar (chants kabyles),le groupe Alger-Montréal (chants kabyle, raï et français) et Kamal Kouroughli (chant chaâbi d’Alger). Les spectateurs de tous genres ont non seulement contemplé les œuvres artistiques mais ont eu cette chance inouïe de parler et d’échanger directement avec les artistes, les auteurs de tous ces chef-d’œuvres qui ont embellis, l’espace de quelques jours, cette manifestation multiculturelle de Montréal.
Le début commence par l’exposition des arts visuels. Dès qu’on pénètre dans le hall, ce sont les œuvres d’Ali Kichou qui nous accueillent. Une chaise magnifique, des masques d’Afrique ornés de caractères Tifinagh, (l’alphabet du peuple amazighe d’Afrique du Nord), interpellent l’intelligence des visiteurs et suscitent leur curiosité. Le passé, la mémoire, l’identité et la volonté d’assurer pacifiquement la pérennité de la culture ancestrale berbère est omniprésente dans les œuvres de Kichou. Les œuvres d’Ali Kichou naissent d’un entrelacement persistant de forces créatrices, de vérité et de magie. Ces libres agrégations de symboles disposés de façon conceptuelle constituent une extraordinaire source d’enchantement poétique. Les innombrables «signes» ne sont pas placés selon les effets du hasard mais ordonnés selon la loi rigoureuse de la composition. Préciosité et recherche formelle coexistent dans son travail que l’on pourrait rapprocher des «tendances informelles des années 1950» et qui n’est pas exempt d’éléments traditionnels berbères, ce peuple opprimé par des stratégies politico-culturelles dominantes.
Aux côtés du génie de Ali Kichou sont exposées les toiles de Yacine Brahami, de Hadjira Preure (la femme de Kichou) et de Sylvie Bouchard. Yacine Brahami insiste sur le caractère universel de ses œuvres tout en les imprégnant des couleurs de son pays d’origine, l’Algérie : retrouver l’état d’esprit qui animait les primitifs dans leur quête du sacré lorsqu’ils s’exprimaient par le dessin, les formes et les couleurs afin de nous transmettre leur vision du monde artistique, social et mystique. «Dans ma recherche plastique, j’utilise des teintes neutres qui s’affirment par leur simplicité et leur sobriété. Une peinture d’innovation avec une allure moderniste et une vocation universaliste : la céramique nord-africaine, mésopotamienne et chinoise. Elle est une forme d’écriture qui a une manière particulière de faire redécouvrir les signes traditionnels dans une relecture qui les intègrent dans de nouvelles compositions abstraites. Pour évoquer les richesses naturelles de la terre et des matières nobles, dans ma palette de couleurs, j’utilise des ocres, des rouges, du brun, du noir et surtout du blanc qui est beaucoup plus mis en valeur car il est la couleur de l’équilibre parfait. Dans ma conception de l’art, l’expression originale par la création personnalisée est fondée sur la contemporanité artistique.»
Sylvie Bouchard devient d’un coup, voire paradoxalement, l’intruse parmi tant d’artistes d’origine algérienne,chez elle, au Québec.Mais la prestance du portrait d’un homme qu’elle a dépeint magistralement par la magie de ses mains, la rend une intruse positive, ouverte.
Ce qui présage un bel avenir pour les artistes qui viennent d’ailleurs; un avenir prometteur qui interpelle la famille artistique du Québec à s’ouvrir sur les génies issus des communautés qui composent la société québécoise d’aujourd’hui. «Depuis le début des années 1980, mon travail s’inscrit dans une logique de représentation où se côtoient le réel et la fiction. Cette démarche s’est élaborée à l’intérieur d’installations picturales réalisées dans les années 1980. Celles-ci avaient la particularité de prendre en charge le lieu d’exposition et de créer, selon la configuration même du lieu, un parcours dans lequel se déroulait une fiction. «Les tableaux que je peins aujourd’hui cherchent à rendre visible une construction de l’espace qui, à l’instar de ces installations picturales, témoignent encore de ce vif intérêt entretenu pour la création d’espaces fictifs.» Ces fictions d’espaces picturaux sont des moyens que l’artiste utilise pour nous faire partager l’expérience d’une écriture qui s’invente, nous faire sentir cette écriture se retourner sur elle-même, nous faire goûter au plaisir de se perdre, et finalement, nous permettre de nommer un lieu uniquement par ses couleurs.» Hadjira Preure nous a ébloui par la grandeur de ses toiles et surtout par la douceur des messages que les couleurs méticuleusement choisies nous renvoient.
Pourquoi retranscrire les paroles d’un philosophe en guise d’introduction de l’œuvre de Hadjira Preure ? Peut-être parce que, pour elle, la vérité a un sens dans la vie et une application cohérente autre que dans l’activité artistique. En effet, en agissant dans le respect absolu d’un impératif intérieur, Hadjira Preure arrive à donner vie à d’audacieuses compositions qui évoquent des forces pulsionnelles profondes.
De Washington, El Haj M.L. Zouaïmia
De Detroit, M.S. Moufida
Avec la participation de la journaliste Djamila Addar de Montréal



Source: http://www.lanouvellerepublique.com/actualite/lire.php?ida=7464&idc=13

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