Entretien avec Tassadit OULD HAMOUDA

TAFSUT est un groupe de chants et de danses de Kabylie. Fondée en 2001, elle a surpris plus d’un par son attachement à sa Kabylie, par son sérieux et par la visibilité qu’elle donne à sa culture.

Fondée par Mme Ould-Hamouda, cette femme discrète, timide pour ceux qui ne la connaissent pas et qui a sacrifié tant d’heures, de jours, de semaines pour que sa réalisation s’épanouisse et se classe parmi les plus grands groupes québécois.

Si pour la majorité des membres des structures associatives de Montréal, le travail se limite à la célébration de nos évènements marquants de notre communauté (3), pour Mme Ould-Hamouda, le travail ne s’arrête jamais puisque les pratiques de danse et de chant ont lieu chaque fin de semaine.


Nous avons eu l’occasion de la rencontrer et nous lui avons posé quelques questions.

R.Kadache : Bonjour Mme Ould-Hamouda, vous êtes la Fondatrice de Tafsut, pouvez-vous relater les circonstances de sa création ?

T. Ould-Hamouda : Quand je suis arrivée à Montréal, j’ai compris la composante multiculturelle du Québec. J’ai assisté à la Fête des Enfants et j’ai été interpellée par l’absence de notre communauté sur la scène culturelle québécoise. Sur le coup et sans réfléchir, j’ai demandé à parler au Responsable et je lui ai demandé quelles sont les formalités pour y participer. M. Landry, que je remercie au passage, m’a dit ne pas connaître un groupe ou une structure de ma culture et que si j’ai un groupe avec moi, il le passera illico. Dans les trois mois qui ont suivi, nous avons constitué un groupe et nous nous sommes mis tout de suite au travail. Ça remonte à 2001. C’est le début de l’Histoire de la présence de notre communauté sur la scène culturelle.

R.K : Depuis 2001 ? c’est tout de même un septennat, quand on sait que même certains partis politiques ne durent pas tout ce temps-là, d’où vous viennent ce courage et cette abnégation ?

T. Ould-Hamouda : Ma passion pour ma Kabylie, pour ma langue et ma passion pour les chants et danses de notre terroir me donnent du courage pour aller de l’avant malgré toutes les embûches que je rencontre. Je suis une personne qui ne se laisse jamais abattre. Plus il y a de problèmes, plus je me force à les dépasser et à persévérer. Je ne m’arrête jamais en cours de route et je pense que c’est la meilleure façon de répondre à ceux qui essayent de nous mettre les bâtons dans les roues. Ma devise : Le poème de Rudyard Kipling « Tu seras un homme mon fils »…

R.K : Tafsut fonctionne comme une école et par définition une école est un passage et en même temps un lieu de savoir y compris pour la danse, le chant, la musique. Qu’est-il advenu de tous les élèves qui ont fréquenté cette école depuis 2001 ?

T. Ould-Hamouda : On a eu des femmes, des enfants, des étudiants, des hommes aussi. Il y en a parmi eux ceux, une fois admis au travail ne peuvent plus répondre présents vu leur emploi du temps. Il y en a qui se sont constitués en groupe, d’autres ont pris une pause par rapport à leurs études.

Tafsut est un passage pour tous les nouveaux arrivants en quête de leur culture outre-mer. Ça nous permet d’éviter le choc de l’arrivée et de faire des arrivées-choc. Les élèves viennent se ressourcer, des fois par nostalgie, par passion, puis chacun est libre de voler de ses propres ailes, je pense au groupe Syphax par exemple.

C’est la vie démocratique. Il faut accepter et vivre la diversité. C’est ce défi qui doit nous réunir et nous libérer plutôt que de nous aliéner et nous diviser.

R.K : On ne peut pas parler de visibilité dans votre cas vu que vous participez et représentez la Kabylie à toutes les manifestations, festivals tant québécois que canadiens. Racontez-nous ?

T. Ould-Hamouda : Je suis très fière d’avoir pu hisser Tafsut au rang des plus grands groupes québécois.

Quand on arrive à faire partie du « Mondial des cultures de Drummondville » alors qu’on connaît leur rigueur dans la programmation (groupes de pays étrangers et sélection au moins 2 ans avant) ; pour moi c’est la plus grande réussite.

De plus, en 8 ans d’existence, Tafsut a participé aux plus grands festivals québécois : « Montréal en Lumière » en 2004, « La gigue en Fête », 2004, « Festival Montréalais de la danse » toujours en 2004.

« Festival International Lachine » 2002, « Vues d’Afrique » 2002 et 2007, « Salon international du Tourisme » en 2008 « Fête des Nations » en 2008, et beaucoup d’autres, je ne peux tous les citer.

R.K : Comment sont conçues vos chorégraphies ?

T. Ould-Hamouda : Il y a d’abord notre ancien répertoire fait avec la collaboration de toutes les femmes de l’époque : danse « Thala » et « Thiwizi » créées en 2001, qui sont reprises ces dernières années, la danse « Essendu » créée par une québécoise Nadia Ringuet que je salue au passage. Pour les autres, je ne peux toutes les citer, on choisit la chanson, puis je dresse un squelette ou un schéma qu’on améliore au fur et à mesure lors de nos pratiques. Les avis de toutes les participantes sont pris en compte s’ils vont dans l’amélioration.

R.K : Avez-vous une aide quelconque de la part du Ministère de la culture Algérien ou du Gouvernement du Québec ?

T. Ould-Hamouda : Pour vous parler franchement, Tafsut n’a jamais sollicité, ni le gouvernement québécois et encore moins le gouvernement algérien.

La seule subvention que reçoit Tafsut est celle attribuée pour la célébration de la Fête Nationale du Québec et encore là, le Mouvement National de cette fête ne paye que 70% de toutes nos dépenses et il faut encore chercher les 30%.

R.K : Vous avez été félicitée plusieurs fois et vous avez reçu aussi deux distinctions. Pouvez-vous nous en parler ?

T. Ould-Hamouda : J’ai été félicitée à maintes reprises que ce soit par la ville, par le Parc Jean-Drapeau, par la SPEQ ou par d’autres structures. J’ai reçu aussi deux distinctions : la première, qui m’a beaucoup touchée m’a été remise par l’association des At-yiraten du Canada pour mon attachement à ma culture Kabyle, et l’autre par la Fondation Club Avenir « Prix d’Excellence 2007 ». Je remercie ces deux organisations pour la confiance qu’ils m’accordent.

R.K : Quels sont vos projets, d’autres spectacles en vue ?

T. Ould-Hamouda : Notre objectif reste le même, celui de faire connaître et promouvoir notre culture au Canada.

Pour les spectacles, après sa participation à la journée africaine, le 26 avril dernier, Tafsut vient de participer à l’inauguration officielle de « Ideqqi », Arts de Femmes Berbères le 26 mai dernier devant plus de 1000 invités au Musée de la civilisation Québec.

C’est un grand honneur fait à Tafsut que de faire l’ouverture officielle de cette grande exposition du Musée du Quai Branly – Paris. C’était un moment très émouvant pour nous : toutes les personnes présentes étaient heureuses de nous rencontrer.

Pour les manifestations à venir, TAFSUT sera en première lors du spectacle que donnera Ferhat Méhenni le 21 juin 2008 à Montréal.

Elle sera présente aussi le 24 juin 2008 au Parc Lahaie puisqu’elle est organisatrice de la Fête Nationale du Québec . Un programme riche et varié sera présenté.

R.K : Votre mot de la fin Mme Ould-Hamouda.

T. Ould-Hamouda : Je vous remercie beaucoup pour l’intérêt que vous portez à Tafsut en m’accordant cette entrevue. Je tiens à remercier tous les gens qui m’ont aidée de près ou de loin depuis la création de Tafsut à ce jour. Je ne peux les nommer tous individuellement car ils sont nombreux.

Je remercie beaucoup Mourad Itim qui a toujours été présent et qui a toujours travaillé de bon cœur au sein de Tafsut, les artistes du groupe Syphax qui ont longtemps œuvré pour Tafsut bénévolement (Rabah Kadache, Rabah Rihani, Mouloud Kacher), Karim Slamani qui est resté fidèle à lui-même depuis 2001, Fouad Yalaoui, Samir Harfi et bien sûr toutes les filles et femmes inscrites et ayant participé aux activités de Tafsut depuis maintenant 9 années (il y en a eu beaucoup, je ne peux toutes les nommer).

Je remercie également notre communauté du Canada qui nous a toujours été présente pour nous, les sites Kabyle.com, Algeroweb, Berberes.com et Journal de Kabylie qui nous ont toujours porté un soutien indéniable.

Mes meilleures pensées vont à Rosa H., Elvire C., Lamia S., Oumelkhir , Imane, Mériem, Mira, Ghilas, Zalas, Ahmed et Numidia, Nadia de Québec, Fatiha, Ouiza, Zahia, pour leur aide et leur soutien. Mes respects vont à Stephane Arrami et à Mohand Imazatène pour toute l’aide qu’ils m’apportent et la confiance misée en moi.

Tanemirt aussi à Madjid Benbelkacem, pour son aide et sa disponibilité et à tous les québécois et québécoises amoureux de la langue et de la culture Kabyle.

Réalisée R.Kadache Professeur-Enseignant Canada

 

Les commentaires sont fermés.