20ième anniversaire 05/05 dans

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Amazigh Kateb. Pour la 2ème République algérienne

C’est au Métropolis de Montréal que le groupe Gnawa Diffusion de Amazigh Kateb, fils du grand écrivain algérien classé parmi les 20 meilleurs écrivains francophone du 20ème siècle, s’est produit dans le cadre de la 26ième édition du Festival Nuits d’Afrique.

Après le groupe Syncop de Karim Benzaid qui a enflammé la salle avec des sonorités algériennes et africaines, Amazigh Kateb entre sur scène et emballe toute l’assistance avec sa voix, ses mouvements, ses prises de position et surtout ces mélodies du sud algérien. Un genre musical qui a bercé les Algériens et les Marocains depuis des lustres. Gnawa nous a livré des moments magiques. La prestation était tellement sublime qu’on pourrait sans se gêner de dire que Kateb Yacine est le père de cet artiste engagé et talentueux qu’est Amazigh Kateb. Quelques heures avant cet évènement qu’on pourrait qualifier par anticipation du meilleur du Festival, Mourad Mahamli a interviewé Amazigh sur les ondes de radio centre-ville. Nous avons transcrit pour les lecteurs de Ksari l’essentiel de ses propos. Des propos poignants et courageux d’un Algérien qui ne rêve que de voir un jour son pays tourner vers le présent et l’avenir pour le bien-être de ses enfants et pour briller au concert des nations comme tous les pays qui se respectent.


Mourad : Comment avez-vous retrouvé Montréal?
Amazigh Kateb : Montréal est ensoleillée. Les filles sont belles. La dernière fois que j’étais venu, c’était l’autonome. Là, il fait beau.

Vous êtes revenu cette fois-ci avec votre groupe Gnawa Diffusion
En effet, on a décidé de  reformer le groupe à l’occasion de ma dernière tournée en solo. J’ai décidé de reprendre quelques musiciens Gnawa. On s’est dit que ce serait bien de faire un album ensemble qui sortira au mois d’octobre 2012. C’est aussi une manière de marquer les 20 années du groupe. Aussi, on fera des tournées pour renouer avec nos vieilles connaissances.

Y aurait-il des textes de votre père dans cet album?
Dans cet album, non. C’est plutôt un travail autour de identité de Gnawa diffusion avec des textes qui sont  à moi. Il y aura aussi une reprise de Brassens. Donc, il n’ y a pas spécialement de référence à l’écriture de mon père parce que justement, je me suis aménagé une petite formation qui s’appelle ‘’Le poison rouge’’ avec laquelle je suis venu jouer à Montréal l’année dernière. C’est dans ce cadre que j’ai repris deux textes de mon père dans  mon premier  album solo ‘’Le marché noir’’. Je vais également m’attaquer à l’acte des Vandales. En fait, c’est un travail différent. Cependant, avec la sortie de l’album et les tournées de Gnawa, ce projet ne verra le jour que dans deux ans. On ne peut pas tout faire en même temps. Ça prend du temps et beaucoup d’énergie. Il vaut mieux se concentrer sur une chose à la fois.

Comptez-vous faire des tournées en Amérique du Nord?
Pour le moment, il n’y a que Montréal et Québec. En principe, on devrait signer une redistribution avec le Canada et les USA. Et comme on est ici, ce serait bien de profiter de cette opportunité pour envisager des tournées même en Amérique Latine.

Que pensez-vous du printemps arabe et de l’actualité en général?
Il y a un renvoi à ça, mais je n’aime pas l’appellation du printemps arabe. Il y a beaucoup de révoltes en Afrique et beaucoup de choses se sont passées en Algérie. Notre pays a connu beaucoup de mouvements de contestations et  plus de 30 interventions policières musclées par jour. Le peuple algérien a beaucoup bougé en 2010, mais on ne le met pas en évidence. C’est une preuve que le printemps arabe est une appellation très médiatique. Je crois même que c’est une marque déposée par quelqu’un. Elle est devenue une marque commerciale. Les vraies révolutions ne se passent pas à la télévision. Elles se passent dans les cœurs et dans les têtes et sur place, là où ça bouge. Là où les esprits ont bougé, la peur a changé de camp. Par contre, dans le résultat, il y a beaucoup de choses à faire. Dans ces pays comme l’Égypte, la Tunisie et la Libye, l’armée a repris les règnes avec la complicité de l’occident. Pour moi, tout cela est une manipulation gigantesque. Cependant, les gens qui sont sortis étaient sincères et même si les médias ont retourné les chaises contre nous, je pense que les choses sont en route. Ceci étant dit, il faut se garder de faire une analyse  post-révolutionnaire. Les changements sont en train de se faire. Donc, on ne peut pas analyser les phénomènes pendant qu’ils arrivent.

Que pensez-vous de la révolution de l’érable?
« Je suis de tout cœur avec eux. J’ai récupéré hier un carré rouge. Je suis pour toutes les dynamiques révolutionnaires. Je suis surtout pour qu’on ne fige pas les révolutions dans le temps avec une date. Les révolutions du siècle dernier, on en a fait presque des institutions presque historiques. Donc, on ne doit pas figer  ces évènements. La révolution est une façon de penser et de faire tous les jours. Je ne connais pas un individu qui supporte la même position pendant plus d’une heure. C’est normal qu’on ait besoin de bouger et de changer une façon de faire. Le salut de l’humanité il est dans la révolution


Votre regard sur le 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie
Les artistes, même s’ils ont travaillé dans de mauvaises conditions, ils ont fait beaucoup plus de choses que les pouvoirs qui se sont succédés. Même si on les a sabotés, muselés et essayé de faire taire certaines voix gênantes, ils ont pu s’imposer et contribuer à l’éveil des consciences. Je pense que la globalité des Algériens, à part ceux qui profitent de la situation actuelle, ne contemplent pas les 50 ans passés comme 50 ans indépendance, mais plutôt comme de réelles tourmentes et de réels chaos parce que là où on en est aujourd’hui, on ne dirait pas que ce sont des  50 ans d’indépendance.  Si c’était une vraie indépendance, je pense que les Algériens seraient un peu plus concernés  par ce qui se passe et  fiers de ce qui se passe chez eux. Or,  quand je descends en Algérie, je vois qu’ils s’intéressent à ce qui se passe ailleurs puisque sur place, il ne se passe rien. Ils prennent des références qui ne sont pas adéquates. Il faut donc  refaire une deuxième révolution et proclamer une 2ème République. Il est temps de passer à autre chose.

Des tournées en Algérie?
Il y a un concert 26 juillet à Alger dans le cadre des nuits du ramadan. Il se peut qu’il y ait un autre à Oran. Je pense qu’avec la sortie de l’album au courant de l’année, on va bouger beaucoup. Cependant, je pense qu’il faut  laisser côté cette année de commémoration qui n’est autre qu’une série de propagande. La jeunesse algérienne est tournée vers le présent, pas vers l’indépendance de 1962 ou les 132 ans de colonisation. Il faut être  objectifs vis-à-vis de nous-mêmes, de ce qu’on a fait et de ce qu’on a à faire. Pour moi, politiquement, on est pire qu’en 1962 dans l’interdépendance économique et dans l’asservissement du pays et de ses richesses. Pis encore, dans les lapidations de toutes les énergies, on est pire qu’en 1962.

Les artistes peuvent servir à cet éveil et d’autres gens sont capables de donner envie à d’autres perspectives. Ce n’est pas possible que l’Algérie en reste là. Sinon, pourquoi devenir indépendant si c’est pour se sentir  esclave de  notre propre système?

Entretien réalisé par Mourad Mahamli
Les rencontres berbères

 

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