Brahim Ameur. Réalisateur du feuilleton Bine el barah ouel youm: « Je n’ai jamais ambitionné de faire un annuaire des Algériens au Canada »

Le feuilleton Bine El Bareh Ouel Youm, chronique de la vie montréalaise des Algériens du Canada, diffusé sur Canal Algérie en ce mois de ramadhan, a suscité beaucoup de réactions. Son réalisateur s’explique.

De Montréal

Canal Algérie diffuse depuis le début du ramadhan votre feuilleton Bine El Bareh Ouel Youm juste après Djemaï Family et le JT. Comment vous est venue l’idée de ce feuilleton ? aviez-vous un sujet particulier à aborder ?
L’idée de faire un scénario sur le malaise de l’exil lié à l’intégration dans la nouvelle société est dans mon esprit depuis sept ans. Nourri par le vécu de mes proches, j’ai continué ma recherche en interpellant les expériences vécues, les écrits et les statistiques sur les sujets connexes, tels le divorce, le chômage, etc. Ce feuilleton se veut un regard objectif composé de faits réels. le divorce, les chicanes familiales, le chômage, la sous-qualification sont des faits qui existent, le malaise s’installe entre les membres de ces familles qui cherchent tant bien que mal à s’intégrer. 

En suivant votre feuilleton, on se dit que les algériens du Canada sont atteints de tous les maux : divorces, jeux, drogue… on a envie de vous dire où sont les « beaux » reportages de l’émission Sans visa sur les Algériens du Canada ? 
D’abord permettez-moi d’éclaircir une chose très importante. J’ai choisi un sujet à traiter, je l’ai cerné dans une optique dramatique, je n’ai jamais ambitionné de faire un annuaire des Algériens au Canada ou une étude comparée en sciences sociales ; je voulais parler du malaise que vit un nouvel immigrant, dans un pays nouveau, un système différent, une autre culture. J’ai touché un échantillon de la masse où le malaise est apparent. Je ne voulais impressionner ni avec des clichés démesurés ni avec des images porteuses d’illusions. Une certaine réalité quoi. Je vis au Canada depuis 13 ans déjà, mon regard permanent dans cette optique m’a permis d’imaginer un scénario adaptable à un film, dans lequel plusieurs facettes de la réalité s’entrecoupent. 

Les nombreuses réactions des téléspectateurs sur internet et, particulièrement sur le site des Algériens du Canada Ksari.com, vous reprochent d’avoir donné une image noire de leur réalité. Qu’en pensez-vous ? 
Il m’importe beaucoup de recueillir des réactions diverses. Le net est un excellent média dans ce sens surtout que les intervenants ne sont même pas obligés de signer ni de respecter une déontologie, ce qui théoriquement devrait donner la bonne température, mais parfois donne des échanges virulents et manque de respect. Sans polémiquer, je prends les éloges et les critiques avec des petites pincettes. Je suis allé très loin dans mon travail et je ne me laisse pas décourager par un zélé. Le téléspectateur averti va avoir du souffle le long d’un feuilleton, à force de voir se développer les épisodes ; parfois, il est nécessaire de se retenir avant de se précipiter à émettre des critiques négatives qui se verront caduques, car les épisodes suivants apporteront des réponses au fil de leur émission. 

Pensez-vous que le public algérien est prêt à se voir renvoyer l’image que vous lui donnez dans votre feuilleton ?
Si je me limite dans mon analyse à la dizaine de remarques que j’ai lues dans ksari.com, je te répondrais non ; mais, en élargissant mon champ d’échantillonnage à tous les autres qui ont compris mon message clair, ils vous diront eux-mêmes, consentants, que ce que j’ai relaté dans mon film n’est pas moins vrai. 

Bien que vous vous soyez entouré de quelques professionnels du cinéma, les téléspectateurs ont parfois souffert de la qualité du son. A quoi est dû ce problème ?
Merci de me donner l’occasion d’expliquer cette faille technique qui est due tout simplement au transcodage. Le son à l’origine était très bon, sa prise a été assurée par un ingénieur chevronné, Robert G. (de radio Canada), à l’aide d’un matériel correct, il a été traité dans un studio professionnel à Alger. Le produit final, qui était sur DVD, a été d’ailleurs visionné et accepté par la Télévision algérienne. S’il était défaillant, il n’aurait jamais été accepté par cette dernière. Mais au moment de mettre ce produit sur cassettes (betacam), on a eu un pépin. On a résolu le problème après quelques épisodes passés sur l’antenne. Cette faille est une expérience qui m’a donné des sueurs froides. Heureusement qu’après tout, la qualité du film est irréprochable et les responsables de l’ENTV sont conscients de ce fait. Cette réalisation est ma première grande expérience et grâce à toute l’équipe qui m’a épaulé (Allal Yahiaoui, à sa tête) durant tout le processus, on a pu livrer la marchandise.

Source: El Watan Edition du 14 septembre 2009