Farine, produits pharmaceutiques et matières premières. De graves pénuries menacent le pays

500 conteneurs de poudre de lait sont en souffrance dans les aires de stockage de l’Entreprise portuaire d’Alger, (Epal) et de Dubaï Port World (Dp Word).



Une dangereuse anarchie règne au port d’Alger. Des pertes énormes grèvent le Trésor public. Les conséquences sont incommensurables. L’Algérie perd environ un million d’euros par jour, selon des sources très au fait de ce qui se trame au premier port commercial du pays. Aujourd’hui, tous les acteurs intervenant au niveau de cette infrastructure, s’accordent à dire que «le port se dirige inexorablement vers un blocage qui ne dit pas son nom».

Dans cette situation, le pays tout entier risque la rupture d’approvisionnement en toute sorte de produits, notamment en matières premières et produits pharmaceutiques. Cela est d’autant plus vrai que le pays dépend presque à 80% de l’importation.

A titre d’exemple, «500 conteneurs de poudre de lait sont en souffrance dans les aires de stockage de l’Entreprise portuaire d’Alger, (Epal) et de Dubaï Port World (Dp Word). Les médicaments, un autre produit névralgique et périssable, sont soumis à un temps d’attente inconcevable donc, à des retards immenses avant leur livraison. La liste n’est pas exhaustive, puisque plusieurs produits, à l’exemple de la farine, rencontrent les mêmes obstacles au port», expliquent les consignataires, transitaires et opérateurs privés. Cette pagaille générale est due de prime abord au manque de moyens de manutention.

«Le port d’Alger qui devait fonctionner avec un minimum de 70 engins et chariots ne dispose en tout et pour tout, que de 8 chariots de type stackers dont 2 sont en panne», affirme un cadre de l’Epal sous l’anonymat. «On ne sait pas par quel miracle ces engins pourront assurer à la fois, la levée de la marchandise pour les clients des transitaires et le déchargement des bateaux en débarquement à quai», s’est interrogé un consignataire qui affirme qu’actuellement, il y a plus de 14 navires qui attendent à quai. En sachant que plus d’une dizaine d’autres sont en rade chargés à raison de 200 conteneurs par bateau. A cette situation s’ajoute un nombre très important de conteneurs stagnant au niveau des espaces de stockage des deux terminaux du port. «On est arrivé aujourd’hui, à une situation très grave où près de 9000 conteneurs sont emmagasinés ou massés au port», a-t-on souligné en substance.

Les chiffres établis actuellement concernant les pertes «sont de l’ordre de 300.000 euros par jour dans le cadre des surestaries conteneurs ou des frais de magasinage payés au port engendrés par les retards de sorties des conteneurs».

Comme un malheur n’arrive jamais seul, hier, plus d’une centaine de dockers sur les 900 du port d’Alger ont observé un arrêt de travail. Réagissant à cette action inattendue des dockers, le directeur général adjoint de l’Epal, Abdelaziz Ghettas, a expliqué que les dockers contestent l’application de certains dispositifs contenus dans la convention de branche signée entre la Société de gestion du port (Sogeport), la Fédération nationale des ports et l’Ugta. Il s’agit des dispositifs relatifs à la compensation des heures supplémentaires et à l’organisation du travail.

Le texte stipule que «la majoration des heures supplémentaires travaillées de nuit (se fait) sans cumul avec les repos compensateurs» et que les agents ayant travaillé en double nuit «bénéficient du paiement du premier shift en heures supplémentaires majorées à 100% avec l’attribution d’un jour de récupération pour le 2e shift de nuit».
Les supplémentaires exécutées les vendredis et les jours fériés demeurent payées à 100% et compensées par une journée de repos, conformément à la loi relative aux relations individuelles de travail, a rappelé le DGA de l’Epal. M.Ghettas a expliqué encore que les dockers, en arrêt de travail, veulent être payés et prendre une récupération pour toutes les heures supplémentaires, même celles effectuées en dehors des vendredis et des jours fériés, ce qui est, selon lui, contraire à la loi. Si d’un côté, l’ensemble des intervenants au port expriment leur ras-le-bol, en revanche, on se dirige vers l’annulation des appels d’offres lancés récemment pour contracter avec les entreprises de manutention privées dans l’objectif d’acquérir huit engins supplémentaires.

Là aussi, le problème ne sera pas réglé car, selon nos interlocuteurs, «le port enregistre un déficit de plus de 60 engins». Un cadre de l’Epal qui a requis l’anonymat a résumé cette situation en déclarant qu’«il y a un blocage total au niveau du port d’Alger car l’entreprise ne s’est pas préparée à une telle éventualité avec un manque de moyens flagrant. Alors qu’on souffrait d’un déficit en chariots, une décision brusque vient mettre fin aux activités de 35 sociétés de manutention».

Source: L'Expression

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