Le niqab banni des cérémonies de citoyenneté

Les Néo-Canadiennes devront maintenant dévoiler leur visage lors de leur cérémonie de citoyenneté, a annoncé ce matin le ministre de l'Immigration Jason Kenney.



Une mesure pratique, mais surtout symbolique, selon le ministre. «On ne peut tolérer deux classes de citoyens, ou deux classes de cérémonie de citoyenneté», dit-il.

Jason Kenney n'a toutefois pas pu dire combien de femmes ont prêté allégeance à la reine intégralement voilées.

Mais selon lui, le problème est suffisamment courant pour justifier une nouvelle règle imposant le visage découvert.

«Chaque semaine, nous voyons des demandeuses de citoyenneté voilées. C'est un problème suffisamment courant pour clarifier les règles. Bizarrement, les règles permettaient de se présenter voilée. Mais ça change aujourd'hui.»

Irritation

Du côté de la communauté musulmane, cette annonce hautement médiatisée a suscité une certaine irritation.

«C'est totalement inutile», croit le président du Conseil musulman de Montréal, Salam Elmenyawi.

Selon lui, seules 2000 musulmanes portent le voile au Québec. «Le juge doit savoir qui est dessous, ça ce n'est pas un problème», dit-il.

«Tout le monde soupire et roule des yeux. Encore une fois, on essaie de régler un problème qui n'existe pas en pointant du doigt les musulmans», regrette M. Elmenyawi.

Diversion

Le gouvernement conservateur est aussi soupçonné de vouloir faire diversion avec le niqab dans les cérémonies de citoyenneté.

«Je m'oppose à ce que le ministre se serve d'un dossier comme celui-ci à des fins politiques au lieu de le traiter de manière sensible qui reconnaît les complexités légales et culturelles», regrette le critique du Nouveau Parti démocratique en matière d'immigration.

Sur la scène provinciale, Françoise David, tout en étant favorable à cette mesure, estime que les conservateurs essaient de faire diversion.

«Je doute que le problème soit aussi répandu que le ministre le dit. Ça fait diversion par rapport à tout ce qu'ils ont à se reprocher», dit-elle, en allusion aux négociations de Durban ou à l'abolition du registre des armes à feu.

«C'est le genre de mesure dont on ne parlera plus dans 24h», conclut Mme David.

Des questions en suspens au fédéral

Le Conseil du statut de la femme s'est dit satisfait de cette mesure. «Pour nous, le voile, et à plus forte raison, le voile intégral, est un symbole d'oppression des femmes», dit sa présidente, Julie Miville-Deschênes. Mais selon elle, le débat sur la laïcité au Québec reste à faire. Le projet de loi 94 sur la laïcité dans la fonction publique est toujours à l'étude à Québec.

Du côté fédéral, ce n'est pas la première fois que le voile intégral fait débat.

En 2007, Élection Canada avait créé toute une commotion en autorisant les musulmanes à voter avec le visage entièrement voilé. La Cour suprême doit aussi rendre son avis sur la possibilité pour les femmes intégralement voilées de témoigner à visage couvert dans les tribunaux du pays.

Mais cette nouvelle mesure de Jason Kenney reste circonscrite aux cérémonies de citoyenneté, et ne s'étend pas au port des signes religieux.

«On n'est pas en mesure d'interdire aux gens de porter ce qu'ils veulent dans leur milieu, mais quand ils reçoivent des services, il faut évidemment démontrer qui vous êtes. Ce n'était pas le cas dans les cérémonies de citoyenneté et j'étais franchement étonné», dit-il.

Le gouvernement conservateur inscrit cette nouvelle règle dans sa politique de revalorisation de la citoyenneté canadienne.

- avec la collaboration de Martin Croteau

Source: Cyberpresse.ca