la scène artistique algérienne est en deuil, Mohamed El-Badji, crooner de la chanson chaâbie, s’est éteint à l’âge de 70 ans.

Date: 27-06-2003
Le CHAÂBI en deuil
Khoya El-Baz n’est plus
Par Wahiba Labrèche (Liberté)
Samedi 27 juin, la scène artistique algérienne est en deuil, Mohamed El-Badji, crooner de la chanson chaâbie, s’est éteint à l’âge de 70 ans. Khoya el Baz, pour les intimes, a rendu son dernier soupir dans la plus totale discrétion, dans la maison qui l’a vu naître à El- Mouradia. Il faut dire que la discrétion et la modestie ont toujours collé à l’homme.
Comme une traînée de poudre, la nouvelle s’est très vite répandue dans la capitale, suscitant l’émoi de tous ceux qui l’ont connu.
El Maqnine Ezzine ne charmera plus les adeptes du chaâbi, de sa voix rocailleuse et profonde, car il s’est tu à jamais. Un pan de l’héritage chaâbi vient de s'éclipser Interprète, auteur-compositeur, El-Badji Mohamed est né le 13 mai 1933 à Alger. Très jeune, il se passionne pour la musique classique algérienne, psalmodiée par les cheikhs et dont le chaâbi est la plus populaire dérivée.
En 1947, il rejoint les rangs des Scouts musulmans algériens (SMA) d’El-Mouradia et adhère au groupe El-Amane, où il va militer aux côtés du batailleur Didouche Mourad. À partir de 1952, il participe épisodiquement à des fêtes populaires dans différents orchestres. Fidèle aux principes de Novembre 1954, il est arrêté, torturé puis condamné à mort lors de la grève des 8 jours. Dans sa cellule de Serkadji, il fabrique une guitare de fortune et compose Ya el maqnine ezzine (le beau chardonneret), un hymne à la liberté qui reste, à ce jour, un morceau anthologique, merveilleusement repris par Boudjemaâ El-Ankis, autre chantre de la chanson chaâbie. Il échappe de justesse à la guillotine, au mois de mars 1962. Artiste engagé, son chant reste une prière pour la liberté et la justice. Tahya Falestine (vive la Palestine) est un hommage que l’artiste-révolutionnaire a rendu à la résistance du peuple palestinien. Dans la vie quotidienne, il occupe, de 1963 à 1977, un modeste emploi au ministère de la Justice avant son départ pour la retraite. Puisés dans le quotidien des petites gens, dont il a toujours fait partie, ses textes sont une quête permanente de délivrance de la douleur et de la souffrance. Bahr Tofan, Fin hya Eli mektouba liya, Alik bel hana oua dhaman, T’hadet laak ya kalbi et autres sont autant de textes d’El-Badji qui contribueront à l’émergence de nombreuses voix, jouissant aujourd’hui d’une grande notoriété sur la scène artistique algérienne, dont Alar Zahi, Aziouz Raïs, Réda Doumaz et bien d’autres.