Un Harraga face à un chiffre 21. Dour El-Wahran Dour

Natifs du quartier populaire oranais, les Planteurs, Mokhtar et Hichem viennent, il y a à peine deux mois, de souffler leurs dix-huitièmes bougies consécutivement.

En fait, Souffler n’est qu’un euphémisme, car nos deux comparses passent allégrement d’une année à l’autre sans se rendre compte qu’ils acheminent vers l’âge adulte sans avoir jamais appris ce qu’est happy birthday to you, ni joyeux anniversaire et moins encore, la chanson habituelle, Sana hilwa ya jamil.

Après la destruction de leur quartier, développement urbain exige, ils habitent maintenant Haï El-Yasmine, un nouveau quartier où l’érection des bâtiments a trouvé une terre fertile. C’est un quartier voisin à Haï Es-Sabah et au quartier USTO de l’université des sciences et technologies d’Oran, situés, à l’extrême Est d’El-Bahia.

Surprise, ces quartiers seront traversés par l’ex futur tramway d’Oran qui élira domicile final et non moins terminus définitif dans ces mêmes faubourgs.

Lors de mon dernier passage à Oran, le mois d’octobre dernier, le hasard m’a fait rencontrer ces deux gueulerons avec lesquels je me suis lié d’amitié. Et là j’ouvre une parenthèse que je fermerais très vite pour vous dire que ma présence à Oran, n’entrait ni dans le cadre d’un colloque de l’assemblée nationale ni dans le processus de composition des membres du conseil consultatif. J’ai payé mon billet d’avion de mes propres poches et mon conseiller de voyage et néanmoins animateur d’une radio communautaire en est témoin.

Tant pis pour vous, autres animateurs d’émissions de radio. Aucune raison pour me coller les fraudes de Bernard Madoff ou de Vincent Lacroix.

Revenons, si vous le permettez, à nos moutons. Sachez également, et juste en passant, que le prix minimum du mouton de l’Aïd a atteint les 15000,00 Dinars (DA). Ce n’est vraiment pas la peine de vous parler du maximum. La viande rouge s’affiche à
950,00 DA et ceux qu’ils l’affiche à 450,00 DA, déguisent le Capri en Agneau.

Pour en revenir à nos deux gueulerons du début, C’est l’un deux, Mokhtar, qui m’a prié de relater les drôles d’aventures qu’ils ont vécu.

J’avais un petit boulot de piquage de mur pour installer ma faïence et ces deux jeunes m’ont été recommandés par mon ami Khaled au lieu de recourir à la main d’œuvre chinoise, offerte en abondance, sur le marché de l’emploi algérien.

Le pont Zabana et le boulevard du port sont un passage obligé pour se rendre de Haï El-Yasmine vers Aïn El-Türck où je me suis procuré une demeure (payée avec mes propres économies à 3.350 000,00 DA et mon député Mohamed Gahche évidemment, n’y est pour rien.).

En regardant le port à travers mon Atos que j’ai loué, Mokhtar commence à raconter ses périples aventures. Il a tenté sa chance de bruler vers la rive nord de la méditerranée huit fois. Aucune réussite. Deux sur un chalutier (botté) à 120 000,00 DA chacune et les autres, gratis, sur des navires de voyageurs et de marchandises. Hichem est rendu à sa cinquième tentative dont une qu’il a osé penser réussie.

Le mois d’avril dernier, justement, une semaine après les élections présidentielles algériennes, Hichem a pris place en cachette sur un pétrolier scandinave. Le bateau a pris le large deux jours après. Dix heures plus tard, le navire accoste et Hichem saisit l’occasion pour prendre la fuite et se faufiler dans la foulée des conteneurs et entre les wagons citernes des trains, rêvant avoir foulé enfin ce continent européen tant espéré.

Dans le large de la ville d’accueil, il remarque une chose étrange. Les plaques d’immatriculation des voitures ressemblaient bizarrement à celles de son pays. Le parc automobile, les maisons et le monde avaient des traits communs à ceux de sa ville natale Oran. Le chiffre, à l’extrême droite, sur les plaques des voitures est le 21. Il poursuit sa marche vers l’inconnu et il découvre au fur et à mesure une allure semblable à son patelin de bled.

Un muezzin lance un appel à la prière, un autre enchaine, un troisième, un quatrième et ainsi de suite. Hichem n’a rien compris. Il s’est posé plein de questions. Son téléphone portable commence à sonner. Au bout des rayons d’ondes pour ne pas dire au bout du fil, son frère Noureddine, un courtier auto/immobilier, amorce l’engueulade, la querelle et la réprimande. Son absence de trois jours de la maison a enclenché un cataclysme désastreux au sein de la famille et du voisinage. Son pauvre ami Mokhtar a été blâmé, accusé et épilogué comme un criminel.

Avec un sang froid et sans aucune hésitation, Hichem pose à son frère la question du chiffre 21 afin de décoder et décrypter la ville appartenant à ce fameux numéro.

Noureddine réplique par le nom de la capitale de la Côte d’Or et la ville hôte de l’authentique moutarde. Dijon? Ah mon Dieu, tu as réussi? Hichem précise par la suite que la plaque est pareille que celles d’Oran pas comme celle de Mohamed Limigri. Il explique qu’il y a l’année au milieu pas des lettres. Alors Skikda, rétorqua Noureddine.

Apparemment, le bateau a fait une escale au port de Skikda pour poursuivre par la suite sa direction européenne, le rêve des malheureux ou heureux jeunes Harragas.

L’année prochaine, je suggèrerai au Club Avenir, d’honorer, primer ou cadeauter le courage et la mémoire des milliers de Harragas, parfois, bouffés par les poissons ou incarcérés dans les prisons pour la seule raison qui est, avoir un rêve d’assurer un Avenir.

Houari weldmaraval
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Commentaires

+1 #2 Guest 09-11-2009 20:45
Avant tout je veux remercier vous pour cet article vraiment c’est un sujet très intéressent. Dans le prochain article je vois que de préférence, vous représenter les causes principale qui pousse c’est deux jeune (plutôt la plus part des jeunes algérien) de prendre le risque dans le large de la méditerrané
+1 #1 Guest 09-11-2009 02:10
Bravo Houari ould maraval!

C'est toujours un plaisir de lire les articles succulents dont tu nous gratifie de temps à autre!
Merci!

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