Effet Jarre en chroniques. Le principe idéologique

Dans les trois précédentes chroniques sur l’effet Jarre, ont été esquissés les trois principes psychologique, mathématique et économique.

Pour sortir des raisonnements circulaires, dans une rédaction à l’anglo-saxonne, le rappel de la mise en situation est primordial parce que les économissstes qui ont pignon dans les djornanes ne parlent jamais de leurs hypothèses et les consommateurs-lecteurs boivent leurs paroles alors qu’il s’agit de conneries. L’effet Jarre fait appel aux théorèmes de Von Neumann- Morgenstern à axiomes vérifiés, à celui de Nash dans un jeu en coopération avec disponibilité de toute l’information et ce sont les avantages comparatifs de Ricardo, les rendements (marginaux) croissants de Boserup et la gestion des communaux d’Ostrom qui sont sa base.

Les objectifs de cette chronique sur l’effet Jarre, dans l’esprit de Mohammed Arkoun, sont : « Transgresser, déplacer et dépasser », pour montrer que ce qui est possible ailleurs l’est aussi sur la terre de Tasta-Guilef ou Kenenda.

Le principe idéologique : le libéralisme amazighe et musulman

Le capitalisme s’est approprié l’essence de l’humain. Ses fondements sacralisés sont les droits à la propriété et à la liberté. En rappelant que plus de libertés est préféré à moins, que plus de justice est préféré à moins et les libertés sont avant la justice; la Jarre, dans son esthétique, les incarne. Elle est un symbole de liberté, celle de se libérer de certaines contraintes du marché; et de propriété, celle d’une femme – il est rare d’entendre un homme dire que la jarre portée par sa femme lui appartient mais sa femme si, tout comme sa terre. Si l’homme n’en possède pas, lui ou sa femme en puise des communaux lesquels sont soumis à une législation coutumière, régulée non pas par un individu mais par une assemblée (Tajmaâth). Par cette gestion, la communauté s’autonomise de la monnaie qui ne devient argent qu’une fois dépensée. Si le capitalisme se fonde sur l’intérêt individuel, ces assemblées de sages œuvrent dans et pour le collectif.

En économique capitaliste ou libérale, cet intérêt, est calculé au moyen du bien-être social procuré par le marché dans les surfaces, à gauche, en haut et en bas du prix d’équilibre, intersection des courbes d’offre et de demande. Du fait des travaux de Lionel Robins sur l’impossibilité d’une démonstration scientifique de l’homogénéité des utilités interpersonnelles, la fonction de calcul du bien-être social de Paul Samuelson est hors d’usage.

Dans l’esprit amazighe et musulman, le bien-être social collectif est possible par la double équité verticale et horizontale et la rétribution juste du travail. Pour un parallèle, c’est l’axiome de Jeremy Bentham qui affirme que la justice est celle qui donne le plus grand bonheur pour le plus grand nombre.

En Algérie, actuellement, dans une cadence soutenue, les droits de propriété et les libertés du marché sont renforcés. En regard, les droits humains stagnent, les libertés se réduisent. C’est la double négation de l’essence humaine au profit du marché, qui n’a pas d’existence; qui est juste une vue de l’esprit. Son existence est extrinsèque alors que celle de l’homme est intrinsèque; l’homme nait avec.

Représentation paradigmatique du libéralisme

Dans la forme d’un bilan comptable, à l’échelle d’un pays, l’actif est l’ensemble des droits – qui empêchent la loi de les violer – et le passif est celui des lois qui protège les droits. Le citoyen sujet de droit est un créditeur. L’État qui, lui aussi, n’existe pas autant que le marché, est un débiteur au sens qu’il est toujours endetté envers les citoyens qui préfèrent plus de liberté à plus de justice.

Si la différence entre l’actif et le passif est positive c’est-à-dire, un bénéfice qui est au passif, alors la loi doit rattraper le droit pour l’empêcher d’être celui du plus fort; s’il (le résultat) est négatif, alors c’est une perte, qui est à l’actif (celui des droits des Algériens) et dans ce cas, ils doivent être améliorés par plus de libertés.

Identification de la source du résultat et approche de son coût

En éclatant l’actif en droits de la personne, de la nature et du marché, le passif en lois en faveur des mêmes objets : les personnes, la nature et le marché; la source du résultat devient identifiable. Dans le cas de notre pays qui a accepté sa soumission, en plus de la rupture de cette dialectique, le droit et la loi sont imposés par les pays de l’OTAN.

Si le résultat est un bénéfice alors, il faut continuer dans le même processus de développement social, culturel, juridique et économique. Si c’est une perte, le cout est l’arbitraire, la détention voire l’assassinat.

Dans ce processus, objectivement, les lois et droits du marché sont supérieurs à ceux du citoyen et de la nature et comme le marché n’existe pas, que la nature ne parle pas, par une mystification, ses lois attaquent les droits (réels) des Algériens et de la nature.

Le travail ne se vend pas. Un entrepreneur gagne un milliard de dinars par an, les travailleurs gagnent un million de dinars par an. En rappelant les hypothèses de VNM et Nash en coopération, s’il y a uniquement deux travailleurs, la solution est simple : même niveau de liberté et de justice pour les trois sinon ils quitteront et l’entrepreneur perdra. En inversant les gains, ils seront compensés par plus de liberté pour tous, plus de repos (en économique le repos est un temps de loisir et de plaisir) de salariés, plus d’investissement. Au-delà du millier de travailleurs, l’entrepreneur gagne plus qu’eux. Sans être parétien, c’est un optimum que la nature imposera comme comportement.

Dans l’esprit libéral, amazigh et musulman; ce concept est dans thiwizi – le volontariat contraint qui est différent du bénévolat de levées de fonds tel qu’entendu en Amérique du Nord (80% des gains en approximation sont donnés ou pris par les organisateurs). Thiwizi porte en elle, le non dit du gratuit qui vaut cher. Elle est le paiement d’une dette sur la biomasse. Cette dette se retrouve dans le marché sous forme d’externalités et internalités. Dans son fonctionnement non contrôlé et incontrôlable, la nature a imposé le principe : si l’ouvrage (travail) est continu, la récolte (profits) est aléatoire. ( El Khoudhma Dha Dwame, Essava Adh Laâwame). Il est aussi dans cette règle qui oblige à laisser une part de la récolte pour les oiseaux (Ettir) et les passants (Oumanthir).

En tentant un calcul monétaire du résultat – bénéfice ou perte, l’Algérien tombera sur l’équation ci-dessous qui est celle du taux de change réel d’équilibre du dinar par rapport au dollar ou l’euro :

ln (EREER) = - 0.38 + 0.17 ln (ToT)+ 1.85 prod + 1.20 ln(G)

Ignorant « ln » pour logarithme naturel utilisé pour une mise à l’échelle, ces couts sont dans la variable « prod » qui mesure la productivité de l’Algérien et la variable « G » qui mesure les dépenses du gouvernement.

Pour illustrer l’étendue de l’arnaque de cette équation appliquée à l’Algérie, une anecdote. Dans une peur effroyable, pour rendre compte à un professeur honoraire sur les résultats chiffrés, pas le baratin comme celui en usage dans notre pays, de l’impact de tamazight sur l’économie, le rédacteur de cette chronique a été d’abord lessivé, rincé sans être essoré. Pour faire un peu le malin, sur des calculs en milliards de dollars que pourraient gagner l’Algérie, votre serviteur a suggéré de refaire les calculs avec des taux de change réels au lieu des nominaux; le professeur, respectueusement et aimablement, lui a crié : »Ne touchez pas à ca (les réels)! Restez dans les nominaux ».

Dans une phrase courte sur cette équation : ce taux de change d’équilibre réel est déterminé par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Puisque tous ses termes sont négatifs pour l’Algérie, les droits le seront autant.

De la nécessité de mesurer et de la débilité de l’unité de mesure

En mettant en œuvre le PIB en tant que mesure, Simon Kuznets a insisté sur les dangers de mesurer la richesse d’une nation avec une telle variable. Pourtant, elle est la quantité la plus usitée parce que le besoin de mesurer est nécessaire pour avoir le

tempo, le rythme du développement – au sens neutre – d’une nation. Additionner les dépenses de santé et les investissements dans les hôpitaux pour une population devenue malade à ceux de l’industrie qui lui procure le plus de recettes qui est extractive et polluante est débile. En plus de cet exemple, un autre plus simple : si les adultes-parents se souvenaient du gout du lait maternel, ils n’offriraient jamais les laits industriels à leurs bébés. C’est pour cette raison que ces derniers sont comparés entre eux et jamais au lait maternel. Si cette comparaison, l’industriel ne vaudrait rien et le maternel vaudrait un million de dollars le verre.

Le juge, le marteau et la jarre.

En rendant sa sentence – application de la loi – sur la revendication d’un habitant de Tasta-Guilef ou de Kenenda, à plus de liberté, un droit, le juge avec son marteau risque de fracasser une jarre au lieu d’en produire une. En rentrant chez lui, se dira-t-il qu’il a été l’instrument de sa propre condamnation : ne pas être libre.

En rappelant les hypothèses de John Von Neumann sur les préférences –utilités et John Nash en négociation de coopération, l’Algérie a offert au marché son actif le plus liquide, ses hommes et femmes. Certaines de ces dernières, pas toutes, savent en porter sur leurs flancs ou dans leurs matrices des jarres et de très belles.

Dans un récent déplacement aux USA, l’auteur a été stupéfait par le nombre de bannières étoilées plantées sur les façades et pelouses de résidences. Ce sont les symboles de fierté de cette nation. Que les Algériens en fassent autant avec des jarres.

Cherif Aissat

Chroniques précédentes

1) Effet Jarre. Principe psychologique. http://lequotidienalgerie.org/2015/10/14/effet-jarre-en-chroniques-le-principe-psychologique/
2) Effet Jarre. Principes mathématique et économique. http://www.ksari.com/index.php/nouvelles/n-point-de-vue/3222-effet-jarre-en-chroniques-les-principes-mathematique-et-economique

 

Prochaine et dernière chronique. Le principe philosophique.

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