Vivre libre ou mourir digne

« Il n’y a de choix qu'entre l’indépendance ou la mort »

Citation du colonel Amirouche

C’est au centre Saint Pierre de Montréal que Hamou Amirouche a donné ce 8 juin 2012 une mémorable conférence sur son essai sur le colonel Amirouche. Invité par l’Association Assaddekia, le conférencier n’a pas été par quatre chemins pour dire certaines vérités sur son année vécue avec l’un des grands chefs militaire de la révolution algérienne.

De père en fils, même combat

Fils d’un invétéré militant de l'Etoile Nord-Africaine, puis du PPA/MTLD, Hamou Amirouche ou Dda Hamou débute sa conférence en rendant hommage à son père, à celui qui a connu, comme des milliers d’Algériens d’avant-guerre, le vrai et l’unique visage de la France coloniale : « la France de la gégène et de la baignoire ». Né en 1926, date de la naissance de Amirouche : « Mon père, dit-il, a connu toutes sortes d’atrocités et son calvaire ne cessa qu’en 1962 ». Ainsi, Hamou Amirouche n’avait aucunement besoin d’expliquer le pourquoi de son adhésion quasi-naturelle à l’ALN et pourquoi prendre le maquis.
Forgeron, puis admis au Centre d’apprentissage à Béjaia, Dda Hmou fut l’un des organisateurs de la grève des étudiants de mai 1956 à l’âge de 19 ans. Après quelques mois, il décide de rejoindre l’ALN et après plusieurs lettres à l’intention des leaders de la révolution dont Amirouche, la rencontre avec ce dernier fut possible. Contre toute attente :« le colonel, qui s’est approché de moi avec un kaki léger et une carabine à la main, pose sa main sur mon épaule et m’invite à monter au maquis avec lui. Le soir même en s’apprêtant à dormir, le colonel pose un sac comme oreiller et s’endort par terre avec ses compagnons en toute quiétude. »

Dda Hmou décrit ainsi, pas sans admiration : « un chef hors du commun, mais un homme simple et naturellement généreux qui recevait tout paysan qui voulait le voir. Tout celà au détriment systématique de sa propre vsécurité. » Mais, il ajoute que : « le colonel est protégé par sa popularité et sa renommée ». Dda Hamou nous raconte, également, que le colonel a fixé, à travers une circulaire qui limite la distribution des viandes à deux jours par semaine. Étant son secrétaire particulier, il m’est arrivé aussi de lui rédiger des lettres pour sa famille : « Il me murmure à l’oreille et me dit : « Aru-yas i termghart ( écris un message à ma mère) » Enfin, Dda Hamou nous révèle que :  « le colonel a flirté un peu avec les Oulémas, il me demandait parfois de commander la prière, toutefois, les barbes étaient interdites ».

En 1957, deux jours après la rédaction d’une lettre à Yacef Saadi, ce dernier a été capturé après l’opération d’intoxication, nommée « la bleuit » en raison des complices harkis de ville habillés de bleu de mécaniciens et à visages découverts, orchestrée par le Colonel Godard et secondé par le Capitaine Jean-Paul Leger. Cette opération d’infiltration de la zone autonome d’Alger a réduit la résistance du FLN à Alger à néant et s’est élargie notamment à la Wilaya III, « le calvaire de la France est la Wilaya III, selon le Capitaine Leger » À travers le complot de « la Bleuit », le Capitaine Leger a su semer le doute parmi les maquisards en créant de faux maquisards et de faux attentats.

Mission en Tunisie

Un soir du mois de mars 1958, pendant les temps des plus durs de la révolution, en raison d’un manque accru d’armement et de l’arrestation de Yacef Saadi: « le colonel décide de m’envoyer, après une année de service, à Tunis pour remettre une sacoche pleine de documents et d’argent au groupe de Tunis dont Krim Belkacem, Bentobal, Idjir et Ferhat Abbas. » De plus, « le colonel m’a ordonné de rester à Tunis pour poursuivre mes études. En fait, il est le seul à avoir formé des centaines de cadres en Tunisie, pour gérer l’après-guerre. Il avait la stature d’un homme d’État ».

Malgré le resserrement de la situation à l’interieur, le discours du colonel est toujours le même ; il commence par « Chers frères, notre lutte est juste et nous vaincrons » avant de donner les consignes. Dda Hamou ajoute qu’à l’exterieur la situation diplomatique menée par le groupe de Tunis est en évolution après l’inscription en 1955 de l’indépendance de l’Algérie dans l’agenda de l’ONU. De plus, « la France a connu la chute de la quatrième république et un coup d’état digne d’une république bananière ».

Dda Hamou raconte le périple qu’il a connu avec ses compagnons pendant un voyage de nuit qui a duré plus de 40 jours, notamment pour contourner les fils Maurice et Charles par le sud, ne passer qu’une seule nuit dans un village, etc. suivant les instructions du colonel. À l’arrivée, Dda Hamou constate avec désolation et déception en voyant la vie bourgeoise que menaient les représentants de l’extérieur alors qu’à l’interne la misère a ravagé les paysans et affaibli la résistance.

Lorsque le colonel a pris connaissance de cette situation, il a pris la décision de venir, avec si Lhouas, à Tunis pour « régler son compte avec Krim Belkacem », qui était responsable des forces armées. Malheureusement au cours de la route vers Tunis, ils ont fait l’objet d’une embuscade meurtrière. Dda Hamou affirme sans équivoque « qu’il a été vendu ».

Dda Hamou vient d’ajouter une pierre à la construction de la vérité sur l’histoire de la Guerre de libération nationale, son témoignage était des plus intenses mais nous laisse encore sur notre faim. Y aurait-il d’autres vérités à connaître sur ce passé récent de notre mémoire collective ? À suivre…