Bourque utilisait les fonds publics pour soutenir

La Ville de Montréal a confirmé jeudi que le maire Bourque a utilisé les fonds publics pour faire avancer sa campagne électorale.

La Ville a mis quatre conseillers du maire en congé sans solde jusqu’à la fin de la campagne électorale afin qu’ils puissent avoir les coudées franches pour se consacrer entièrement à la réélection du candidat de Vision Montréal.

Les quatre conseillers, Cécile Gladel, Allan Patrick, Tarik Mihoubi et Patricia Rimok, tous payés par l’hôtel de ville, travaillaient depuis plusieurs semaines à l’organisation de la campagne du maire,une situation que La Presse a dénoncée en début de semaine.

En leur demandant de quitter temporairement leurs fonctions à l’hôtel de ville, le maire espère se conformer à la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités, qui interdit à tout fonctionnaire ou employé d’une municipalité de faire du travail partisan pendant les élections. «Depuis le 21 septembre, on a libéré les employés qui étaient un peu plus impliqués ou, comme on dit, borderline», a expliqué Pierre Bourque, jeudi soir, avant son entrée au dernier conseil municipal d’ici les élections du 4 novembre.

L’affaire avait été révélée au grand jour mardi après qu’on eut appris que le maire a organisé une rencontre partisane avec ses candidats dans la salle du conseil de l’hôtel de ville, deux jours plus tôt. Selon des observations faites par plusieurs journalistes depuis le printemps dernier, un bon nombre d’employés de l’hôtel de ville, des attachés de presse, des conseillers spéciaux, le chauffeur du maire et même des secrétaires consacrent une bonne partie de leur temps de travail à la réélection du maire Bourque. On les aperçoit dans les tournées électorales du candidat de Vision Montréal, aux locaux du parti du maire Bourque, au local électoral de candidats de Vision Montréal, etc.

Interrogé sur la question, le directeur général des élections a indiqué qu’il considérait l’utilisation de ces «ressources» comme une dépense électorale que devrait assumer Vision Montréal. D’autres ont dénoncé l’utilisation des fonds publics à des fins électorales.

La Ville a donc décidé d’agir: «Pour qu’il n’y ait plus d’ambiguïté, d’un commun accord, après discussion entre les parties, Cécile Gladel, Allan Patrick, Tarik Mihoubi et Patricia Rimok ont remis une demande de congé sans solde», a déclaré l’attachée de presse du maire, Madeleine Champagne.

Le congé, a-t-elle précisé, sera rétroactif à compter du 21 septembre, date du déclenchement de la période électorale, et prendra fin le 5 novembre. Selon Mme Champagne, les quatre conseillers mis en congé sans solde étaient «plus près du maire; il était plus difficile de départager leurs tâches».

Les quatre employés vont donc pouvoir travailler librement pour la campagne de Vision Montréal. Le parti du maire Bourque va d’ailleurs leur verser un salaire, a poursuivi Mme Champagne. Le maire a toutefois mis un bémol à cette affirmation: «Je ne pense pas qu’on va les payer; Vision Montréal n’a pas d’argent...»

Il y a toujours eu de l’ambiguïté autour des conseillers spéciaux du maire Bourque. Cécile Gladel, par exemple, a été embauchée par la Ville en février dernier alors qu’elle travaillait pour la firme Communication et Stratégie, qui organise actuellement la campagne électorale de Vision Montréal. Tarik Mihoubi était responsable de l’organisation électorale à Vision Montréal quand il a été embauché par la Ville, le 21 mars. Conseiller spécial du maire pour la communauté anglophone, Allan Patrick est le conjoint d’une conseillère de Vision Montréal, Sonya Biddle. Le couple a déjà été lié à la corporation du cinéma VI, un organisme qui a obtenu 1,8 million en subventions de la Ville. Quant à Patricia Rimok, elle a été candidate d’ÉquipeBourque/Vision Montréal aux élections de 1998.

«À mon avis, ils agissent deux semaines trop tard, a déclaré le chef de l’opposition, Michel Prescott. Maintenant qu’ils ont été pris les culottes à terre, ils essaient de corriger la situation rétroactivement. S’ils avaient été honnêtes, ils auraient considéré ces employés comme des employés de Vision Montréal dès le 21 septembre, ou bien avant.»

M. Prescott, qui précise que son attaché de presse n’est payé qu’à «temps et demi» depuis le déclenchement de la campagne, se demande par ailleurs comment il se fait que les attachés de presse du maire, Michaëlli Cantero et Madeleine Champagne, participent aussi souvent aux activités électorales du maire Bourque.

Sans compter la contribution active à la campagne du maire de son chef de cabinet, Serge Gosselin, un autre employé payé par la Ville qui fut aussi auparavant organisateur d’élections.

Le maire admet que ce dernier, qu’on peut voir régulièrement au siège social de Vision Montréal, travaille aussi à sa campagne, mais il refuse d’envisager un congé sans solde: «L’essentiel de sa tâche consiste à établir des relations entre la Ville et les gouvernements du Québec et du Canada, entre autres dans le dossier des infrastructures. Je ne peux pas le libérer», dit M. Bourque.

D’autre part, le directeur général par intérim de la Ville, Yves Provost, a fait savoir à Pierre Bourque qu’il ne tolérerait plus, dorénavant, que le maire de Montréal utilise la salle du conseil à des fins partisanes et sans en faire la demande au service du greffe, comme il l’a fait dimanche dernier avec 102 candidats de Vision Montréal, contrevenant ainsi à une directive de la Ville.

Source: http://www.cyberpresse.ca/reseau/actualites/0110/act_101100021414.html

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