Elections au Québec : « Les candidats d’origine algérienne ne sont pas des poteaux(*)»

Le Québec est en pleine campagne pour les élections du 7 avril. Le débat est polarisé autour de la charte des valeurs québécoises qui va interdire le voile dans la fonction publique. L’indépendance de la province reste aussi un enjeu, quoique ce ne soit pas dans l’immédiat.

A l’image de l’opinion publique, les Algériens du Québec (ou les Québécois d’origine algérienne) sont eux aussi divisés. Une saine division, faut-il le souligner.

Entrevue avec Farid Salem. Il est d’origine algérienne et membre du parti Québécois (nationaliste) depuis une vingtaine d’année. Il fait partie des Algériens qui ont fui le pays pendant la décennie noire et qui ont refait leur vie au Québec, seule terre d’asile accueillante à l’époque. Cet entretien sera suivi par d’autres de membres de la communauté aux opinions divergentes.

Le Parti québécois vient de présenter quatre candidats d’origine algérienne, trois femmes et un homme. Poteaux ?

Ce sont des militant(e)s et citoyen(n)es qui ont osé se présenter pour montrer à la nouvelle génération que tout est possible. Vous avez oublié que nous avions aussi des poteaux (*) au Nouveau parti démocratique (NPD) lors des élections fédérales de mai 2011. Trois Algériens (deux femmes et un homme). Ils se sont présentés dans des régions à 100% Québécois de souche et ils ont été élus. …Cherchez la discrimination ou le racisme du Québécois !

La charte des valeurs québécoises est-elle nécessaire au Québec ? N’y a-t-il pas déjà séparation entre l’État et la religion ?

Il y a effectivement séparation grâce à la lutte des femmes et des hommes pendant les années 60, lors de la révolution tranquille. Plus récemment, l’Assemblée nationale a procédé en 1998 à la création des commissions scolaires linguistiques à la place des commissions scolaires religieuses. Tout ceci ca n’a pas été facile et c’est pour cela qu’avec la charte c’est la continuation d’un long travail déjà commencé pour protéger l’espace public.

Y a-t-il un danger islamiste ou intégriste au Québec ?

Non, mais il y a lieu de prévoir que de subir un fait accompli. C’est ce qui est bien au Québec. On n’attend pas le danger, on le prévoit pour le bien surtout de la majorité de confession musulmane.

La charte ne va-t-elle pas créer plus d’exclusion en congédiant et en fermant la porte du travail aux musulmanes qui portent le foulard ?  

Non jamais. Au contraire. Quand tout le monde connaîtra les règles du jeu ils et elles  vont s’y adapter y compris les Québécoises de confession musulmane. En plus, quand la charte va être adoptée, il y aura une période de transition et d’accompagnement. Nous sommes dans un pays démocratique qui défend les droits de tout le monde y compris ses minorités

Les derniers mois, le débat sur la charte semblait avoir donné carte blanche au discours islamophobe et d’exclusion. Qu’en pensez-vous ?

je ne suis pas d’accord. Il n’y a pas plus pacifique que le peuple québécois. La preuve?  Qui est sorti au Canada quand le Liban a été attaqué par Israël? C’est bien  à Montréal que 500 000 citoyens sont sortis pour protester contre cette invasion. Qui a régularisé les sans-papiers Algériens devant le refus du Parti libéral fédéral de les entendre ? C’est bien le PQ qui a réglé le problème pour  90 %  d’entre eux. Nous avons une belle page d’histoire commune entre l’Algérie et le Québec. Beaucoup parmi les leaders québécois qui ont été politisés dans les années 60 grâce à notre lutte de libération ont une grande sympathie envers nous.

La charte est venue pour remettre les choses au point concernant la place de la religion dans l’espace public. On n’a jamais interdit à quelqu’un de faire sa prière, de créer une mosquée, de fêter etc. Il y a plus de 50 croyances religieuses au Québec et il n’y a que certains des nôtres qui déchirent leur chemise sur la voie publique ….Les autres sont tous en mode silence. Pourquoi ?

Les enjeux pour la communauté ne sont-ils pas ailleurs (travail, éducation des enfants…) ? et les nouveaux arrivants ne doivent-ils pas se tenir à l’écart du débat sur l’indépendance puisqu’ils n’ont pas émigré pour ça ou contre ça ?

Oui exactement. C’est pour cela qu’il faut être à l’intérieur du système pour que nous soyons écoutés. Le seul réseautage et lobby qui ne coute pas cher sont dans l’adhésion à un parti politique. Avec notre niveau de politisation nous pouvons aller loin et bien défendre notre communauté. Malheureusement, nous ne sommes pas présents comme il se doit dans les différents partis. Rester sur le perron sans prendre le train ne ferait que du mal à la communauté. Les communautés qui  sont actives et en mode silence influent le plus sur les décisions ! En conclusion, il faut laisser nos problèmes et nos habitudes  algéro-algériennes avant de venir …..ou du moins  se mettre en mode québécois en arrivant. C’est à dire être à l’écoute, apprendre et continuer à construire ce beau Québec pour laisser de beaux exemples  à la deuxième génération qui arrive.

 (*) Un candidat poteau se présente au nom d’un parti dans une circonscription château-fort d’un autre parti. La victoire est pratiquement impossible. Le parti peut lui voir fait miroiter d’autres avantages pour l’après élection. Il y a parfois des surprises où un candidat-poteau remporte un comté.

Source: LeMontrealDz - 17/03/2014

PS : Nous avons sollicité des entrevues avec les candidats du Parti québécois. Nous attendons toujours la réponse des services de communication du PQ.

Commentaires   

0 #1 Guest 28-03-2014 21:31
Monsieur le Ministre, Bernard Brainville du Quebec.
Si on comprend bien, vous voulez par cette charte rétablir ce que vous dite ci-dessous.C'est très louable. Par contre, il faut l'appliquer entièrement et convenablement.La charte ne prévoit pas, d'interdit toute activité à caractère religieux dans les lieux cites.À titre d'exemple, les fêtes religieuses, telles que la fête de Noël et autres.Si une fête religieuse est tolère, la charte n'est pas équitable envers les autres communautés, qui ont leurs propres fêtes.
L’État a un devoir de neutralité qui découle implicitement de la liberté de conscience et de religion.Le meilleur moyen de respecter les croyances de chaque personne, c’est que l’État demeure neutre et n’ait aucune religion. Ce principe favorise le pluralisme en assurant un traitement égal et juste de toutes les croyances.
Actuellement, les fonctionnaires, au sens de la Loi sur la fonction publique, sont déjà assujettis à un devoir de neutralité et de réserve à l’égard de leurs opinions politiques. Ce devoir est aussi énoncé dans plusieurs lois et règlements qui s’appliquent aux représentantes et représentants de l’État. Le gouvernement propose que le devoir de neutralité et de réserve s’applique en matière religieuse aux fonctionnaires, d’une part, et qu’il s’étende, d’autre part, à l’ensemble du personnel de l’État au sens large, c'est-à-dire les ministères et organismes gouvernementaux, les réseaux publics de santé, de services sociaux et d’éducation ainsi que les municipalités, en y ajoutant les personnes qui exercent une fonction juridictionnelle, nommées par le Québec.
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