Mort de l'un des derniers bouquinistes d'Alger

Mouloud Mechkour était le plus ancien libraire de la capitale algérienne. Il est décédé le 24 septembre à la suite d'une brutale agression commise dans sa mythique boutique, l'Étoile d'Or.

Au détour d'une balade dans les ruelles d'Alger la blanche, qui ne s'est jamais arrêté chez Mouloud Mechkour, dit Aami Mouloud? Il proposait toutes sortes de livres, anciens et pédagogiques, et des disques vinyles sur les étagères de son magasin, l'Étoile d'Or, situé en haut de la rue Didouche. Mais ce temps n'est plus: Aami Mouloud est décédé des suites d'une effroyable agression, le 24 septembre. La fin d'une édifiante histoire.

L'homme originaire de la Petite Kabylie tenait la boutique, où il avait commencé comme apprenti, depuis 1951. Après le départ de sa patronne d'origine espagnole pour Nice lors de l'indépendance de l'Algérie, en 1962, il avait hérité du lieu.

Derrière son comptoir, il s'honorait d'avoir vu défiler des ministres, des personnalités du spectacle, surtout des écrivains Albert Camus, Mimouni, Mouloud Feraoun, Tahar Djaout, un des premiers poètes assassinés durant la «décennie du terrorisme» en 1993, et même l'ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, De ce passage, il conservait une photographie mais aussi une question que lui aurait posée l'édile français et pour laquelle il aurait répondu par une affirmation: «Camus était-il pour la révolution?».

Cette librairie était un lieu de rencontre

Alors que le libraire n'était qu'un enfant, une relation singulière s'était tissée avec l'auteur de l'Étranger: «ma relation avec Camus est devenue très riche à l'occasion du mariage de mon frère aîné. Une grande fête était organisée dans le quartier et j'ai invité le romancier à venir manger le couscous avec nous. Depuis ce jour-là, tous les samedis, il demandait à ma mère de préparer le couscous.» rapporte sur son blog le journaliste français Thomas Bougueliane, qui avait rencontré Aami Mouloud.

Il semblerait que le bouquiniste et l'écrivain avaient une passion commune pour le football: «Je supportais le Mouloudia et lui l'association sportive de Belcourt. Cette rivalité nous amusait!», rapporte encore Thomas Bougueliane.

En 2015, Aami Mouloud avait inspiré le journaliste Améziane Fehrani, du quotidien francophone El Watan, pour son recueil de nouvelles Traverses d'Alger qui décrypte la ville. La première, intitulée Aux étoiles d'or, lui était consacrée. «Pendant longtemps on ne trouvait pas en Algérie tous les livres qu'on voulait. Il a été mon fournisseur dès mon plus jeune âge. Je voulais lui rendre hommage», confie Améziane Fehrani, qui doit au bouquiniste son goût pour l'écriture, et les histoires vraies.

Source: Le Figrao - 27 septembre 2016


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