Immigration: la sous-utilisation des compétences coûte cher

En 2001, la sous-utilisation des pleines compétences professionnelles des immigrants représentait un manque à gagner de 13 milliards de dollars. Cinq ans après, le trou a atteint 30,7 milliards, selon la mise à jour faite par deux économistes de RBC.



«Nous avons utilisé les données du recensement pour mesurer ce que seraient les revenus et le taux de chômage des immigrants s'ils étaient traités de la même façon que des travailleurs canadiens de naissance, expliquent Dawn Desjardins et Kirsten Cornelson, tous deux rattachés aux recherches économiques de l'institution torontoise. Nous estimons qu'il en résulterait des revenus accrus de 30,7 milliards pour les immigrants, soit l'équivalent de 2,1% du produit intérieur brut (PIB) de 2006.

Les données du Recensement de 2011 et de l'Enquête nationale auprès des ménages menés en juin commenceront à être diffusées l'an prochain.

Les chercheurs, qui ont répété l'exercice à partir des données de plusieurs recensements, constatent que l'écart s'est sans cesse accru depuis 1981. Pourtant, la scolarité des immigrants n'a cessé de s'améliorer au point où ils sont, en proportion, beaucoup plus nombreux à détenir un diplôme universitaire que les Canadiens de naissance.

En 1980, le revenu moyen d'un immigrant correspondait à 75% de celui d'un Canadien de naissance. En 1995, ce n'était plus que 62%.

Les chercheurs observent aussi que le rythme de progression des salaires des immigrants ne s'est pas accéléré. Par conséquent, ils mettent plus de temps à rattraper le niveau des Canadiens de naissance.

Les chercheurs mettent aussi en évidence que la proportion de diplômés chez les immigrants n'a pas cessé d'augmenter. En 1981, 13,9% d'entre eux détenaient au moins un diplôme universitaire de premier cycle. En 2006, c'était 42,2%, comparativement à à peine 17% pour les travailleurs canadiens de naissance.

Les auteurs mesurent aussi l'écart du taux de chômage entre un travailleur canadien de naissance et un immigrant arrivé il y a moins de 5 ans, il y a de 5 à 10 ans et il y a plus de 10 ans.

Toutes durées de séjour confondues et en tenant compte de leur scolarité, ils en arrivent à établir que leur taux de chômage aurait dû être de 5,4% au lieu de 6,9%, en 2006. Cela équivaut à un manque de 42 000 emplois.

Si leur salaire moyen de 57 000$ représentait pleinement leur scolarité, il aurait dû s'élever à 70 370$ en 2006. C'est cet écart multiplié par le nombre d'immigrants sur le marché du travail qui correspond aux 30,7 milliards précités.

Les auteurs énumèrent ensuite les raisons susceptibles d'expliquer la sous-utilisation de la main-d'oeuvre immigrante pourtant sélectionnée avec de plus en plus de soin.

Ils font état de la non-équivalence des diplômes ou de la non-reconnaissance complète de la formation des immigrants par leurs employeurs.

Ils identifient aussi une connaissance incomplète de la langue de travail. Les auteurs ne font aucune distinction entre l'anglais et le français. Ils soulignent cependant qu'il en coûterait somme toute assez peu pour leur faire maîtriser leur langue de travail, bien moins en tout cas que pour l'entière formation d'un travailleur.

La xénophobie (ils préfèrent parler de discrimination) y est peut-être aussi pour quelque chose. Citant une étude, ils rappellent qu'un postulant à un emploi dont le nom est à consonance anglophone aurait 40% plus de chances d'être rappelé qu'un autre.

Enfin, les auteurs font ressortir que les compétences des immigrants ne correspondent pas forcément à celles recherchées par les employeurs canadiens.

Quelles que soient les raisons de la sous-utilisation de ses compétences, «on peut améliorer le sort de l'immigrant par une formation intensive dans la langue de travail, une reconnaissance plus rapide de ses compétences et d'autres initiatives, concluent les auteurs. Une évaluation plus rigoureuse des programmes existants pourrait aussi aider à comprendre pourquoi persistent ces écarts et comment s'y attaquer.»

Taux de détention d'un diplome universitaire

Immigrants : plus de 40%
Canadiens de naissance : 17%

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Salaire moyen d'un travailleur à temps plein

Immigrant : 45 000$
Canadien de naissance : 56 900$

Écart : 11 900$

Taux potentiel de chômage d'un immigrant : 5,4%
Taux réel de chômage : 6,9%

Sources : recensement 2006, RBC Recherche économique


Source: Cyberpresse - 20 décembre 2011