Événements du 5 octobre 1988 en Algérie

Date: 05-10-1988

Il y a vingt ans, en octobre 1988, de violentes émeutes à travers le pays allaient entraîner l’effondrement du système du parti unique (FLN) qui, avec l’armée, encadrait de manière autoritaire la société algérienne. Une semaine après les troubles, un bilan provisoire faisait état de 500 morts dans le pays (dont 250 à 300 à Alger) et de milliers d’arrestations.

Spontané. «Octobre 88» ébranle profondément l’Etat et la société. Les activistes islamistes ont montré leur importance dans la mobilisation populaire mais ne sont pas les initiateurs du mouvement, largement spontané. A l’autre extrémité, un pôle démocratique tente de se constituer. Un Comité national contre la torture, créé dès fin octobre, réunit universitaires et syndicalistes. Les revendications portent sur la nécessité de réformes profondes du système politique, la fin du parti unique, la garantie des libertés démocratiques.

L’onde de choc «d’octobre 88» marque la fin d’une époque. Le séisme est tel que s’organise rapidement le passage au multipartisme. De nouveaux journaux se créent, des partis longtemps interdits réapparaissent, des revendications culturelles sont proclamées au grand jour (en particulier la revendication de la berbérité). La fin du parti unique suscitera bien des interrogations : les émeutes d’octobre 1988 n’ont-elles été qu’un vaste complot destiné à «ravaler» le système, à en finir avec certains membres du FLN au profit d’autres clans ?

Commence aussi après les événements une course de vitesse pour savoir qui, d’un «pôle démocrate» ou d’un «pôle islamiste», peut se substituer au vide laissé par le FLN, le parti unique. Cette bataille se déroule au moment où se dessinent les contours d’un «nouvel ordre mondial». L’année suivante, le mur de Berlin s’effondre, et progressivement tous les pays de l’Est accèdent à la démocratie politique. Le Maghreb et le monde arabo-musulman en général sont traversés par des fièvres nationalistes ou identitaires. Après avoir connu un court moment d’euphorie démocratique, l’Algérie va s’enfoncer dans l’engrenage tragique de la violence : près de 150 000 morts durant les années 90.

«Grande illusion». Vingt ans après, une grande partie de la presse algérienne s’interroge sur le sens à donner à ces événements. Le 5 octobre 2008, dans le Quotidien d’Oran, on pouvait lire, sous la plume d’Abed Charef : «Octobre aura finalement été une grande illusion. Le débat politique qui a précédé Octobre s’est poursuivi après les événements, avant d’être emporté dans la tourmente, lorsqu’un parti, de type totalitaire, a voulu remplacer un système totalitaire par une dictature religieuse. Depuis, le pays continue de s’enfoncer. En octobre 1988, le pays n’avait pas d’argent, mais il y avait une réelle volonté de s’en sortir. En 2008, l’Algérie a de l’argent, mais elle est incapable de se dessiner un avenir.» Dans El Watan, Hakim Addad, secrétaire général de RAJ (Rassemblement action jeunesse) écrit : «Un tsunami populaire n’est pas à écarter.» Et La Ligue algérienne des droits de l’homme tire la sonnette d’alarme : «La Ligue n’écarte pas totalement l’avènement d’une explosion sociale»…

Benjamin Stora