Algérie : pays d’émigration encore et encore…

Même si ce n’était pas vers le Canada ou le Québec, l’Algérie dès avant 1962 a produit une très grande émigration. Principalement dirigée vers la France jusque dans les années 1970 (elle compte aujourd’hui une communauté d’environ 800 000 personnes Algériens ou d’origine algérienne), l’émigration algérienne touche tous les continents. De Sidney à Moscou, de Tokyo à Johannesburg, de Montréal à Caracas, de Dubaï à Shanghai, les Algériens en plus ou moins grands nombres sont présents dans plus de 100 pays. Cette dispersion traduit pour une part les difficiles conditions de vie en Algérie, la violence des années 1990 et ses exilés, elle souligne d’autres part l’excellence algérienne dans certains domaines recherchée à l’étranger. Elle traduit également une autre réalité, notamment en Europe, celle des Harragas souhaitant, de plus en plus nombreux, quitter coûte que coûte l’Algérie. Les clandestins seraient plus de 13 000 en Italie selon la presse algérienne.

Au Québec, au tournant des années 2000, plus spécifiquement après les évènements du 11 septembre 2001, des rumeurs ont couru un peu partout, relayées par certains médias, forums et autres. L’émigration algérienne serait désormais mal venue au Québec, les entrées allaient fortement baisser, plus de 40 000 dossiers étaient en attente, ce qui était la preuve que les Algériens n’étaient plus du tout les bienvenus dans la Belle Province. Alors, qu’en est-il vraiment ? Ces rumeurs étaient-elles fondées ?
On peut se demander pourquoi de telles informations ont circulé sans aucune vérification sur cette émigration algérienne au Québec. Quels intérêts cela servait-il ? Certainement celui des extrémistes de tout bord.

Les politiques québécoises en matière d’immigration sont depuis bien longtemps tendues vers un seul but : augmenter >le nombre d’immigrants dans la province pour faire face à différentes difficultés démographiques, linguistiques et culturelles. Le Québec souhaite plus que jamais attirer des immigrants de préférences francophones, les objectifs sont au-delà de 47 000 personnes par an. La province souhaite diversifier les aires d’accueil mais les francophones disponibles se trouvent surtout en Afrique du Nord. L’Afrique noire est presque oubliée excepté la présence de quelques ressortissants du Cameroun et de la République démocratique du Congo ces dernières années. La France depuis le début du XXIème siècle envoie entre 3 000 et 4 000 personnes par an contre 2 000 à 3 000 personnes durant les années 1990. Des pays comme la Chine, Haïti ou le Liban sont depuis plus de 15 ans dans les 15 principaux pays d’immigration pour le Québec. Penchons-nous sur l’Algérie et remontons à 1995.

Le Québec en 1995 accueille 879 Algériens, c’est la dernière année de la décennie où le nombre d’Algériens est inférieur à 1 000. 1996 marque le début d’une inexorable montée dans l’arrivée des Algériens. Ce sont des personnes qui ont commencé leurs dossiers dans les premières années des violences et avec lesquelles la nature de l’émigration algérienne au Québec évolue. (Elle se féminise peu à peu et apporte également des visages enfantins et familiaux). 1997 marque l’entrée en vigueur du moratoire mais les chiffres présentés ne tiennent pas compte des sans-statuts.

Entre 1995 et 2007, 34 249 Algériens furent admis en tant qu’immigrants au Québec. Sur le graphique ci-dessous, il est aisé d’observer la montée et la stabilisation des entrées d’Algériens dans la Belle Province et l’on peut penser, à la lecture des plans prévisionnels du ministère de l’immigration et des communautés culturelles, de l’évolution et des orientations politiques en Algérie que l’immigration algérienne au Québec ne va pas se tarir. Elle resterait au niveau actuel entre 3 000 et 4 000 immigrants reçus par an. Les premiers chiffres de l’année 2008 confirme cette tendance. La communauté algérienne au Québec entre 2003 et 2007 a connu un grand essor et ce pays est devenu le premier pays source sur cette période représentant 8,1 % des 217 043 immigrants admis au Québec durant ces 5 ans.

Il est évident que ces rumeurs qui ont parcouru le web depuis quelques années sont non fondées : l’arrivée des Algériens au Québec ne s’est pas tarie et au contraire tant à devenir un pays source important depuis prés d’une décennie. La réalité des chiffres dément ainsi ces ragots. De plus le nombre de dossiers en attente a toujours été très élevé en ce qui concerne les Algériens, les services d’immigration du Québec s’en plaignaient déjà dans les années 1990 en demandant à ce qu’on tienne compte de cette affluence de demande. L’Algérie se situe dans le trio de tête des pays sources, chiffres qui fluctue parfois selon les évènements internationaux. En 2007 le Maroc a occupé la première place de ce classement québécois devant la France et l’Algérie.

L’émigration algérienne est devenue au fil des ans un personnage maintenant incontournable dans la vie publique québécoise. Forte aujourd’hui de prés de 50 000 personnes elle ne peut que s’épanouir en puisant sa force dans son originalité, ses richesses culturelles, son histoire et sa jeunesse, laissant de côté ses vieux démons.

 

Marion Camarasa
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