L’Algérie et la presse au Québec: Les années 1990 et le traitement spécieux de l’information (3)

L'augmentation de la couverture médiatique va de pair avec l'étoffement de la communauté algérienne sur le sol québécois ainsi qu'avec la dégradation sécuritaire en Algérie. Il est remarquable d'observer l'augmentation, la régularité et le type de sujets abordés par ces quotidiens pour dégager un portrait en creux de l'image que reflète, au fur et à mesure des années, la communauté algérienne au Québec.

Les premières années de la décennie 1990 sont consacrées aux répercussions de la politique algérienne dans la communauté avec les réactions aux résultats des élections législatives et à l'instauration notamment du Haut Conseil d'Etat, après la démission de Chadli Bendjedid. La mort de Mohamed Boudiaf a soulevé une très forte émotion et une large inquiétude qu'ont su saisir les quotidiens québécois et notamment La Presse dans un article daté du mardi 30 juin 1992. François Forest a interrogé les figures marquantes et identifiées de la communauté de l'époque tels que Tarik Mihoubi, Bachir Halimi ou bien encore le sociologue Rachad Antonius et en retient une forte anxiété : "Les Algériens de Montréal sont confus mais surtout inquiets devant le vide que crée la disparition de Mohamed Boudiaf. Confus parce que le manque d'information sur les auteurs de l'attentat valorise l'une ou l'autre des deux hypothèses suivantes: ou c'est la mafia des hauts fonctionnaires qui craignait les enquêtes publiques sur la corruption, ou c'est le Front islamique du salut (FIS), dont les leaders sont emprisonnés et que Boudiaf avait déclaré hors-la-loi1".

Le début des violences islamistes a entraîné la création d'associations au sein de la communauté algérienne, mais leurs actions n'ont pas été relayées fortement dans la presse. L'assassinat des intellectuels et journalistes tel que Tahar Djaout, Abdelkader Alloula, Mohamed et Rabah Assela, Mahfoud Boucebci, Djilalli Liabes, Saïd Mekbel et tant d'autres, au début de l'année 1993 et tout au long de l'année 1994, a soulevé des émotions immenses dans la communauté algérienne dont on ne retrouve pas trace dans la presse. L'accent est mis sur la peur, les titres à ce sujet sont parlants : "Assassinat de Boudiaf, les Algériens se montrent fort inquiets2 "– "Consternation chez les Algériens de Montréal3," – "Devant l'impasse politique dans leur pays natal : les Québécois d'origine algérienne sont très inquiets4", - "Le règne de l'inquiétude : les Algériens d'ici apeurés par la montée intégriste dans leur pays : l'Algérie à la croisée des chemins5" – "Un comité de soutien à la démocratie s'active au Québec6" pour l'année 1992. En 1993 la stratégie médiatique adoptée est différente un seul article sur les Algériens de Montréal tandis que les qualificatifs sont alarmants pour la situation en Algérie : "La deuxième guerre d'Algérie7," – "Tragédie insoluble en Algérie8," – "Rhéda Malek, dernier espoir de l'Algérie moderne?9" – "Engrenage, l'Algérie en guerre10," – "Algérie : les meurtriers ne s'arrêtent pas11 " – "Terreur à l'algérienne12." L'image présente dans les médias, et notamment Le Devoir qui consacre beaucoup plus d'articles à l'Algérie que La Presse fait état d'une détérioration gravissime des conditions de vie dans ce pays. Il  s'agit alors d'une prise de conscience qui va amener les décideurs et une partie de l'opinion publique à prendre en considération et à favoriser l'entrée et l'accueil des Algériens sur le sol canadien. Le seul article consacré à la communauté algérienne est en cela caractéristique : il interpelle les lecteurs sur les questions d'obtention de visa pour les Algériens. "Les jeunes Algériens obtiennent difficilement un visa : 34 personnes originaires du Maghreb s'adressent à la Commission canadiennes des droits de la personne". "Les refus de visas ont pourtant baissé" nous apprend le journaliste Eric Clément dans son article paru dans La Presse le 18 septembre 1993.

En compulsant les articles parus durant la dernière décennie du siècle dans la presse écrite québécoise, nous avons pu observer un changement d'orientation au cours de l'année 1994 dans la stratégie éditoriale du journal La Presse. En effet, le nombre d'articles consacrés à l'Algérie et plus spécifiquement à la communauté du Québec est alors en augmentation et les sujets ne sont pas uniquement centrés sur les relations et inquiétudes par rapport à l'Algérie mais bien à leurs activités en sol canadien. La venue d'artistes et chanteurs algériens à l'image de Fellag et de Lounis Aït Menguellet, est perçue comme un souffle d'espoir et de réconfort pour ces émigrés. "La communauté algérienne de Montréal a renoué il y a quelques jours avec l'ambiance bon enfant, l'humour intelligent, les éclats de rire de son pays d'origine. C'est que le grand comique et humoriste algérien Fellag était de passage à la Place des Arts, où il a présenté les spectacles Cocktail Khorotov et Babor Australia, spectacles avec lesquels il avait acquis sa grande popularité en Algérie il y a quelques années. Exilé forcé en Tunisie, ne pouvant plus se produire dans son pays, Fellag continue d'exercer son art là où se trouvent des Algériens. Au cours d'une soirée réunissant Algériens et Québécois, Fellag a d'ailleurs témoigné de son attachement à l'Algérie et aux Algériens. […] C'est mon amour de communiquer avec les communautés algériennes où qu'elles se trouvent qui m'a poussé à accepter cet engagement à Montréal, dit-il. Maintenant qu'il est devenu impossible de se produire en Algérie, j'essaie de porter un message de courage et de lucidité à des exilés qui en ont bien besoin. J'exporte aussi ailleurs une manière d'être Algérien qui se veut porteuse d'espoir et de vie, contrairement au message de mort que transmettent la plupart des informations en provenance de notre pays. J'essaie de survivre, d'aider les gens à survivre, avec un peu de rire et d'espoir.13 ". Cet extrait reflète bien le lien très fort qui attache les émigrés et la culture algérienne ainsi que l'ambivalence et la double image de l'Algérie dans les médias occidentaux et notamment canadiens.

Durant la décennie 1990, "ce message de mort" a eu tendance à être exploité par la presse, dégageant une idée mortifère de ce pays de Méditerranée au détriment souvent des valeurs de générosités déployées par une partie de la population pour ne pas voir sombrer leur pays dans le chaos total et irréversible du fanatisme religieux. Les médias québécois n'ont pas fait exception à la règle et ont consacré une large partie de leur couverture éditoriale à la violence, aux attentats et à l'assimilation facile entre Algériens et terrorisme. Les polémiques se succèdent autour de la visite de Maître Ali Yahia Abdenour qualifié de "conférencier islamiste, d'avocat proche du FIS14 ", de l'étudiant Sara Rahmani, membre présumé du FIS, arrêté en France et ayant obtenu le statut de résident permanent au Québec15 et polémiques qui culmineront avec l'affaire Ahmed Ressam en 2002. Durant l'année 1995, l'une des plus prolifiques de la décennie, plus de 90 articles sont consacrés à la violence sur les 148 publiés dans l'année à propos de l'Algérie. 1995 est une année active pour la solidarité avec les Algériens. Certains milieux intellectuels québécois, regroupés dans le Comité Québec-Algérie arrivent à obtenir des compte-rendus dans les journaux pour sensibiliser l'opinion publique à autre chose que la violence et les attentats. Est également soulevée, notamment par quelques interviews de collectifs d'avocats, dont Maître Venturelli, la question du traitement des arrivées massives des Algériens aux frontières canadiennes. L'instauration d'un moratoire est exigée à plusieurs reprises dans les journaux et notamment le 10 mars 1995 dans le cadre de l'affaire Hakim B.16 : "Vrai ou faux réfugié, déserteur ou pas, le fait d'avoir évité le service militaire en Algérie devrait être un motif suffisant pour ne pas renvoyer le jeune homme dans son pays, croit Me Sabine Venturelli, une avocate spécialisée en immigration. L'armée algérienne commet aussi des exactions, selon Amnistie internationale et d'autres organismes, rappelle-t-elle, qui se dit scandalisée par le traitement réservé à ces réfugiés qui ont fui le service militaire. Une personne a le droit, selon les conventions internationales, de refuser de participer à des actions contre les droits de l'homme, plaide-t-elle. Je suis très déçue du processus de révision des cas de réfugiés refusés une première fois, c'est incroyable», lance l'avocate […] Il faudrait un moratoire pour l'Algérie, où la situation est aussi mauvaise que dans les trois pays actuellement sur la liste des sursis de renvoi, croit Me Annie Bélanger, vice-présidente de l'Association québécoise des avocats en droit de l'immigration. J'ai beaucoup de réserves sur le renvoi d'Algériens", déclare–t-elle dans La Presse17.

L'organisation de spectacles de soutien et la prise de position de personnages marquants de la scène politico-culturelle québécoise ont alors contribué, par le biais des journaux, à infléchir le portrait de terreur et de drames quotidiens de l'Algérie pour les lecteurs québécois. La Presse bien plus que Le Devoir, qui ne vise pas le même type de lecteurs et qui touche un plus grand nombre de personnes a développé un suivi de la question algérienne, tentant également d'offrir de l'information sur la communauté présente à Montréal, ainsi que sur les conséquences de cette occupation de plus en plus considérable. Malgré les polémiques qui, il faut bien le reconnaître, font vendre les journaux, et peut être grâce à l'un de ses journalistes proche des réalités, Gilles Toupin, La Presse a su au fil des ans appréhender l'évolution de la présence de l'émigration algérienne au Québec et saisir à grands traits ses mutations. Les affaires de terrorisme, d'appartenance à des groupes religieux fanatiques tels que le FIS au cœur de la communauté algérienne, ont entraîné cette couverture médiatique parfois sensationnelle.

A ce propos nous souhaiterions avancer une idée en ce domaine, après avoir longuement consulté ces articles, écouté la radio, regardé la télévision au Québec. Nous pensons que l'image que souhaite se donner une société peut se lire en contre-jour dans la presse. A travers le regard qu'elle porte sur l'autre et l'importance qu'elle accorde à tel ou tel fait, on décèle pour une part les ambitions et les rêves auxquels elle aspire. Il est significatif, pour la province du Québec, que celle-ci  ambitionne de tenir un rôle international beaucoup plus conséquent et qu'elle cherche à obtenir de la considération pour certains évènements relevant de la politique mondiale et des lignes de forces idéologiques planétaires. La couverture médiatique, à propos des hypothétiques attentats perpétrés sur le sol québécois, ainsi que sur les arrestations d'Algériens soupçonnés d'appartenir à des réseaux de terroristes internationaux s'étant épanouis à Montréal, a été sur-exploitée. L'importance et la dramaturgie accordées à ces évènements dénotent à notre sens un malaise dans la société québécoise qui souhaite à tout prix obtenir reconnaissance et implication dans le jeu occidental des nations menacées18. Cette tendance marquée par l'amplification, la disproportion et parfois même l'outrance, a entraîné une stigmatisation forcée des membres de la communauté algérienne et au delà, des communautés d'origine arabe. Ce rejet dans la différence et ce renvoi à des réflexes collectifs ancestraux ont été fortement ressentis par les Algériens émigrés et a pour certains modifié leur vision d'un Québec idéalisé. Omar Aktouf a dénoncé dans une de ces tribunes parue dans Le Devoir, cette attitude générale et a essuyé une réprobation totale de la part de l'establishment québécois19. La presse québécoise a participé à cette ambiance et n'a pas fortement contribué à apaiser les tensions au sein de la société québécoise. Le traitement médiatique de l'affaire Ressam a scandalisé plus d'un Algéro-québécois. Cette dénégation et cette exclusion par la généralisation dans les comportements reviennent très souvent dans les conversations que nous avons pu avoir avec les émigrés. Ils expliquent que pour l'immense majorité, ils ont fui le pays pour se soustraire aux violences islamistes et ce n'est donc pas pour exporter ce fanatisme qu'ils se sont installés à Montréal. Ils souhaiteraient que la presse fasse preuve de plus de mesure et de moins d'amalgames dans ses analyses, ils veulent offrir l'image d'une communauté paisible et loin de cette peste verte qu'est l'islamisme.

Le 14 décembre 1999, Ahmed Ressam est arrêté par une agent des douanes américaines, en possession d'explosifs destinés à un attentat à l'aéroport de Los Angeles prévu le 31 décembre 1999. La presse s'empare alors de l'affaire. En un an le journal La Presse publie soixante trois articles sur le sujet. Jusqu'au mois de janvier 2000, un ou deux articles par jour traitant de l'affaire et de ses développements paraissent : "Le Canada perçu comme un refuge pour terroristes, "Le complice de Ressam se terre à Montréal,21"Touristes, extrémistes ou passeurs d'immigrants?22"Le thriller du millénaire,23"La sécurité frontalière remise en question,24"La filière montréalaise,25" "Simulation d'attaque terroriste en juin à Montréal,26"Le Canada, terre de prédilection pour préparer des attentats terroristes27". Voilà quelque uns des titres parus tout au long de l'année 2000. A la date du 7 février 2000, Mario Roy publie un article révélateur "Il n'y a pas de quoi rire, les Algériens du Canada, en particulier de Montréal, sont déjà pointés du doigt depuis l'arrestation, en décembre, d'Ahmed Ressam, un Montréalais d'adoption qui tentait d'entrer aux États-Unis avec une forte quantité d'explosifs. D'autres Nord-Africains ayant transité par Montréal sont l'objet de soupçons. Il faut comprendre que, pour les 15 000 Algériens de la métropole, rien de cela ne prête à rire. Beaucoup d'entre eux ont précisément quitté leur pays dans le but d'échapper à la guerre souvent barbare opposant, depuis 1992, les extrémistes de l'islam au pouvoir musclé en place à Alger: en huit ans, plus de 400 000 Algériens (sur 30 millions) ont ainsi émigré. La situation est aujourd'hui un peu plus calme, là-bas, bien que les tensions demeurent. Au surplus, la communauté algérienne de Montréal est à la fois discrète et disparate, de sorte qu'elle ne peut offrir une voix forte et unie pour se défendre, les individus qui la composent se sentant ainsi particulièrement vulnérables. Cette communauté n'était certainement pas prête à se retrouver en outre au centre d'une problématique canado-américaine touchant l'immigration: depuis l'affaire Ressam, on le sait, Washington accuse le Canada d'être une passoire à travers laquelle des éléments indésirables - lire: terroristes - s'infiltrent aux États-Unis. Sur ce point, les Américains n'ont pas tort et il faudra donner rapidement un vigoureux tour de vis à la mécanique régissant l'entrée au Canada des ressortissants étrangers". Le climat était assez tendu lorsque la police montréalaise, le SPCUM, a présenté ses excuses à la communauté algérienne par voie de presse, afin de dissiper les amalgames qu'elle avait laissé entendre entre les membres de la communauté algérienne de Montréal et les activités terroristes de quelques personnes, ainsi que l'assimilation de petits délinquants de la communauté à une bande organisée. "Le SPCUM regrette de constater que notre action ait pu laisser croire à certaines personnes que tous les membres de la communauté algérienne ou ceux de religion musulmane étaient associés à ces activités criminelles et ce, malgré la mise en garde que nos policiers ont formulée lors de l'événement de presse qui s'est tenu en décembre. Des personnes ont eu le sentiment que des propos tenus par le SPCUM interpellaient l'ensemble de la communauté algérienne en raison des événements que vous connaissez. Nous vous assurons que dans notre esprit, notre intervention avait pour but de faire connaître le nom des personnes qui commettaient des crimes sur notre territoire et d'offrir aux victimes notre aide et notre support28". Les réactions parues le lendemain dans La Presse, font état de la vision des quelques Algériens interrogés régulièrement à cette époque pour obtenir le sentiment de la communauté algérienne de Montréal. "Le communiqué est très bon, a dit Ahmed Mahidjiba, directeur du Centre culturel algérien. Je crois que la police a fait une erreur en associant les petits voleurs aux terroristes." " Je crois qu'il y a des groupes criminels et terroristes, et la police doit faire son travail, a dit le politologue Mortéda Zabouri. Mais il faut faire attention aux amalgames, d'autant plus que les démarches confuses nuisent à la lutte contre la criminalité." "La police a agi avec précipitation, estime Salim Chouieb, animateur à l'émission radiophonique Taxi-Maghreb. J'espère pour elle que les preuves contre les prévenus sont solides: il y va de sa crédibilité."  La presse quotidienne a fabriqué ainsi certaines personnes référentes dont l'avis est censé représenter l'opinion de l'ensemble de la communauté. Durant la fin des années 1980 et la première moitié des années 1990, Tarik Mihoubi faisait fonction de porte parole auprès des médias. La fin des années 1990 et le début des années 2000 voit l'ascension médiatique de Mortéda Zabouri, politologue à l'Université de Montréal. Arrivé en 1994 au Québec, il est très vite devenu un expert dans les médias sur les questions d'islamisme, du Maghreb et du Proche Orient : ces interventions médiatiques, sur les chaînes de télévisions québécoises, après l'affaire Ressam, mais surtout après les attentats du 11 septembre 2001 ont fait de lui un spécialiste reconnu (dont le consul de Montréal nous a parlé avec fierté lors de notre entretien en avril 2002). La presse tend alors à interroger de façon systématique Mortéda Zabouri pour recueillir l'avis de la communauté algérienne, ce qu'il ne représente bien évidemment pas à lui tout seul. Ce sont là certaines des pratiques de la profession de journaliste dans de très nombreux pays occidentaux.

Durant les années 2000-2002, le nombre d'articles consacrés à l'Algérie ne cesse de croître, les associations de la communauté algérienne, sont parfois sollicitées pour faire part de leurs activités. La venue du président Bouteflika et l'intérêt économique suscité durant l'année 2000 ont accru l'attention des médias sur cette communauté en pleine expansion. Cet empressement s'explique par le fait d'un attrait pour le sensationnalisme ainsi que par la très grande place qu'a tenu l'affaire Ressam dans la presse montréalaise. Il est aisé de suivre les développements et le  ressassement de cette histoire durant toute l'année 2001. Les attentats contre le World Trade Center ont entraîné une sur-médiatisation qui a bénéficié plus ou moins positivement à la communauté algérienne29. Avec 348 articles parus (concernant l'Algérie et non uniquement la communauté algérienne installée au Québec) pour l'année 2001, elle apparaît alors comme une émigration importante à Montréal. Le compte rendu de plusieurs activités, la participation à plusieurs festivals, ainsi que les conférences et les activités de certaines personnalités de la communauté sont retranscrits avec régularité et attention. L'arrivée sur la scène montréalaise d'artistes comme Lynda Thalie, la venue de Cheb Mami ou de Cheikha Rimitti ou Enrico Macias, font état de la vivacité de cette communauté. De plus, il ne faut pas omettre le mouvement de solidarité, relayé par les quotidiens, apparu après les inondations meurtrières de novembre 2001 à Alger dans le quartier de Bal El Oued30. L'événement ayant le plus marqué l'année 2001 et suscité le plus d'articles et de réactions dans la presse à propos de l'Algérie et de l'émigration à Montréal, furent sans aucun doute les émeutes du printemps berbère débutées en avril 2001. Tout le printemps fut rythmé par les nouvelles de Kabylie; les inquiétudes et les soutiens de la communauté amazigh31 ont marqué les journaux. La Presse comme Le Devoir ont couvert les évènements32 avec quelques études sur la question de la langue et des minorités, de leurs statuts et du rapprochement possible entre le français au Canada et le tamazight en Algérie33. Le Devoir a réalisé 49 articles sur la crise kabyle durant l'année 2001 tandis que La Presse en a pour sa part fait paraître 69. La plupart ne sont pas signés et constituent des dépêches d'agence de presse notamment de l'AFP. Cette crise nouvelle a encore une fois offert l'image d'une Algérie dans la tourmente, où la violence règne, sans qu'une véritable explication du système de fonctionnement de la société kabyle soit apporté au lecteur québécois.

La tendance développée au cours des années 1990, d'inversion des rôles entre La Presse et Le Devoir dans le traitement de l'information sur l'Algérie et son émigration au Québec, est marquante en cette année 2001. La place de la communauté algérienne est beaucoup mieux représentée dans La Presse tandis que Le Devoir consacre la majorité de ses articles à la situation en Algérie. Le processus se poursuit en 2002 avec une année principalement vouée à la question de la levée du moratoire sur le renvoi des réfugiés. Les mobilisations de la société civile ainsi que le renvoi et la cavale de la famille Sedouikki Bourouissa dans une église de Montréal ont mis en évidence certaines difficultés de l'émigration algérienne au Québec. Sur cette question là, les journalistes ont pris position et notamment dans Le Devoir où Gil Courtemanche dénonce la politique à courte vue du gouvernement fédéral de Jean Chrétien34. Des personnalités ont eu accès à des tribunes, à l'image de Denis Chouinard, qui fustige l'attitude canadienne : "Or, que le gouvernement fédéral décide de but en blanc de lever ce moratoire qui est en place depuis 1997 et permette de renvoyer des gens là-bas, nous donne à penser que, malgré ses «consultations», il n'a qu'une très faible connaissance de la réalité algérienne telle qu'elle se vit au quotidien. Au fait, en quoi la situation a-t-elle changé récemment ? Que s'est-il passé au juste pour justifier ce changement de politique ?35" Cette affaire a fait également apparaître les dissensions et les clivages de la communauté algérienne de Montréal à travers certains articles décrivant les attentes, les frustrations et la persistance des divisions politiques et culturelles de l'émigration. Les organisations de gauche telles que No one is illegal et certains membres de la société civile (comme Denis Chouinard) se sont bien plus mobilisés que la communauté algérienne dans son ensemble. Nous avons pu observer à travers la presse cette fragmentation et cette désunion persistante. En cela elle a su refléter une des réalités de la communauté algérienne de la province.

L'apparition de la presse gratuite, et notamment du quotidien Métro dans les lieux publics et le métro de Montréal ont également permis de faire connaître l'Algérie et certaines activités culturelles de la communauté algérienne. En effet, les compte rendus réguliers des spectacles de la grande région montréalaise dans cette presse gratuite ont permis une ouverture des cultures maghrébines vers la société québécoise. Les soirées de Ramadan, les fêtes de l'Aïd mais aussi les grandes soirées raï ont trouvé un écho favorable dans Métro, qui, il ne faut pas l'oublier est un média lu par des centaines de milliers de personnes tous les jours. L'information sur la situation intérieure algérienne est régulièrement alimentée par la parution de dépêches d'agences et notamment celles de l'AFP et de Reuter apportant ainsi une vision brute des faits, sans aucune analyse mais qui a le mérite d'informer.

Marion Camarasa - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.


1- In La Presse, François Forest, Mort de Boudiaf Les Algériens de Montréal se montrent fort inquiets", p. E8, mardi 30 juin 1992.
2- In La Presse, François Forest, article cité.
3- In Le Devoir, Jean Dion, 30 juin 1992, page 9.
4- In Le Soleil, 18 janvier 1992, page A15.
5- In Le Devoir, Josée Boileau et Elisabeth Lévy, 9 janvier 1992,  page 9.
6- In La Presse, Jooneed Khan, 27 octobre 1992, page B3.
7- In Le Devoir, 13 août 1993, page B3.
8- In Le Soleil, Gil Courtemanche, 29 août 1993, page A9.
9- In Le Devoir, 23 août 1993, page A1.
10- In Le Devoir, Jacques de Barrin, 22 octobre 1993, page A7.
11- In Le Devoir, 18 mars 1993, page B1.
12- In Le Devoir, Martine Turenne, 16 novembre 1993, page A1.
13- In La Presse, Nadia Kerboua, Avec Fellag, un peu de rire et d'espoir pour les Algériens d'ici,  mercredi 19 octobre 1994, page F8.
14- In La Presse, François Berger, 19 mai 1995, page A6.
15- Pas moins de 9 articles sont consacrés à cette affaire dans les différents quotidiens dont 4 dans La Presse et 5 dans Le Journal de Montréal entre le 30 mars et le 28 avril 1995. Quelques titres en florilège : "Le Canada intercepte un intégriste algérien : expulsé de France Sara Rahmani est arrêté à Mirabel "– "Rahmani avait le statut de résident permanent au Canada", - "Sara Rahmani avait été sélectionné par le Québec," – l"ié au FIS l'Algérien Rahmani Sara restera derrière les barreaux. "
16- Hakim B. n'a que 23 ans et craint pour sa vie s'il est renvoyé en Algérie, comme l'a ordonné le ministère canadien de l'Immigration. Hakim, mis sous arrêt par les agents d'immigration il y a deux semaines, avait revendiqué en 1992 le statut de réfugié au Canada, mais les autorités ont jugé qu'il cherchait plutôt à éviter le service militaire dans son pays. Ancien militant de la section estudiantine du parti politique Mouvement pour la Démocratie en Algérie, Hakim plaide qu'il a eu maille à partir avec des membres du Front Islamique du Salut (FIS),. Mobilisé par l'armée algérienne, Hakim décida de gagner la France avant d'atterrir au Québec, où il croupit dans une prison d'Immigration Canada en attendant sa déportation. Dans une lettre qui lui était adressée le mois dernier après une demande de révision de son cas, une fonctionnaire du bureau de Montréal d'Immigration Canada écrit: «La preuve ne permet pas d'établir que le retour dans votre pays vous exposerait personnellement à un risque objectivement identifiable tel une menace pour votre vie, des sanctions excessives ou un traitement inhumain». Extrait du journal La Presse, 10 mars 1995, page A2.
17- In La Presse, François Berger, Moratoire réclamé sur le renvoi des réfugiés algériens, vendredi 10 mars 1995, page A2 .
18- Cette attitude s'est pleinement révélée lors des attentats meurtriers de Londres en juillet 2005 lorsque nous nous trouvions à Montréal.
19- In Le Devoir, Omar Aktouf, Non, le Canada n'a rien à craindre du terrorisme international ! Si, Édition du mercredi 20 juillet 2005.
20- In La Presse, le 27 décembre 1999.
21- In La Presse, Noël André, le 23 décembre 1999.
22- In La Presse, Christiane Desjardins, le 23 décembre 1999.
23- In La Presse, Richard Hétu, le 27 décembre 1999.
24- In La Presse, le 27 décembre 1999
25- In La Presse, le 19 février 2000.
26- In La Presse, le 29 mars 2000.
27- In La Presse, André Noël, le 4 mai 2000.
28- Communiqué des services du SPCUM émis le mercredi 9 février 2000.
29- Extrait d'un article  paru le 12 septembre 2001 dans La Presse, page B9. Au café Sable d'or de la rue Jean-Talon, fréquenté par la communauté algérienne, on était rivé au téléviseur où les catastrophes s'enchaînaient à un rythme infernal, hier. En entendant la nouvelle, Salim, un commerçant qui tient boutique dans la même rue, a fermé son magasin et s'est rendu au café pour suivre les événements. "C'est malheureux, c'est criminel, des victimes innocentes ont été tuées, ça apportera de la haine. Peu importe qui a fait ça, je le condamne", disait cet homme arrivé au pays il y a 14 ans. Salim, qui porte une longue barbe et la djellaba estime que c'est le cerveau des États-Unis qui était visé et qui a été atteint, hier. "Sans cerveau, il n'y a plus rien qui fonctionne." Comme beaucoup d'autres dans la communauté musulmane, il croit que l'on saute vite aux conclusions en pointant du doigt les intégristes musulmans, et semble persuadé qu'aucune faction n'a les moyens logistiques pour effectuer une opération d'une telle ampleur et d'une telle précision. Cette incrédulité était généralisée hier. Des bombes, oui. Mais des avions qui percutent les institutions les plus importantes de la superpuissance mondiale, c'est une autre paire de manches. "Ça ressemble à un film américain. C'est peut-être eux", de dire un Algérien rencontré hier. - Mais voyons, c'est absurde, de rétorquer La Presse . - Et Oklahoma City ?
30- In La Presse, Gilles Toupin, Inondations Appel au secours de l'Algérie, vendredi 16 novembre 2001, page E7.
31- In La Presse, Karine Tremblay, Une triste procession en mémoire des jeunes Berbères disparus 6 mai 2001.
32- In Le Devoir, Abdelmalek Touati, L'Algérie confrontée à ses Berbères: Un printemps rouge en Kabylie, 30 avril 2001.
33- In La Presse, Gilles Toupin, Le Bloc Québécois soutient la Kabylie, le 9 juin 2001.
34- In Le Devoir, Gil Courtemanche, Aller Simple pour l'abattoir, édition du samedi 11 et dimanche 12 mai 2002.
35- In Le Devoir, Denis Chouinard, cinéaste, Lettre d'appui aux sans statuts algériens, édition du mardi 14 mai 2002.

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