50 ans, une Algérie face à un âge de raison

On m’appelle madame Algérie et si vous me permettez, j’ouvrirai une parenthèse que je fermerai plus vite. À ne pas me confondre avec l’autre, de délice Paloma, madame Aldgéria. D’ailleurs, elle a utilisé ce nom sans consulter les registres des propriétés des droits d’auteurs. Pour elle, ce nom est du domaine public et celui qui arrive le premier aura le privilège d’être servi. De toute façon, je ne peux que faire semblant de ne rien vu, car elle fait partie de mes amours formant les millions fécondés dans mes entrailles.


Je ne suis pas vieille et non plus, pas vraiment, jeune éphèbe. Pour mon âge, je suis entre le commencement de la sénilité et la fin de la jeunesse. À vrai dire, je suis plus jeune que mes combattants de la liberté morts au champ d’honneur ou vivants, jusqu’à aujourd’hui, sur mes terres.

Aujourd’hui, j’arrive à l’âge de la maturité et de la sagesse. J’atteins le bel âge, sans rides et sans aucun signe de fatigue. Avec un dynamisme énergétique, je mords dans la vie avec mes dents d’adulte, encore naturelles. Face au miroir, je me vois toujours 10 ou 15 ans plus jeune. Le cinq juillet 2012, j’accède, par la grande porte et toute fière, au chiffre magique du cinquante (50) ans.

Je suis née un cinq juillet après une grossesse, un petit peu particulière, qui a duré un siècle et trente-deux ans. C’est le monde à l’envers! Figurez-vous que c’est mes enfants et chéris(es) qui ont collaboré et contribué à ma naissance. Sans technologie de pointe, ni confort hospitalier moderne et en absence de gynécologues obstétriciens, mes descendants ont réussi à m’arracher du ventre de la baleine, une méchante comme celle qui a avalé Jonas. Aucun attachement, de ma part, à ce ventre maternel porteur forcé!

Un plus grand sacrifice de la part de mes êtres chers, plus ample encore qu’aucun n’a sacrifié auparavant. C’est un sacrifice que tout le monde est parvenu à y participer. Riches et pauvres. Instruits et illettrés. Femmes et hommes. Noirs et blancs, Arabes, Amazighs, Chaouis, Targuis et Sahraouis. Plus qu’un million et demi se sont sacrifiés pour moi. Pour que je vis libre et indépendante.

Je m’ennuie de toutes et de tous sans exception. J’ai beau à reproduire trente-cinq fois leur nombre, mais ils restent toujours dans mes souvenirs et mes pensées. Je me rappelle de chacun et de chacune. Je me rappelle de leur marche, leur sourire, leur sérieux, leur amour et leur courage.

D’ailleurs, il y en a, à qui, mes enfants responsables de l’administration ont donné des noms de rues à leur mémoire. Des noms de musés, de stades, d’aéroports, des lieux publics, etc. Toutefois, il y en a plein qui sont tombés dans l’oubli par leurs frères et sœurs vivants. Ils se souviennent seulement de Benmhidi, de Djamila, de Si El-Hawas, de Fatiha, d’Amirouche, de Zabana, de Fatma, d’Ali La Pointe, etc. Le reste c’est des comparses de second rôle.

En tant que maman, je n’en fais pas de différence entre ma progéniture. Mes enfants sont tous pareil. Ils forment les membres de mon organisme anatomique et si un des organes souffre d’un mal, tout mon corps qui répondra par des frissons et de la fièvre.

Bon cinquantenaire à toutes et tous et que l’aventure du centenaire commence.

Houari weld l’Algérie

 

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