Berbanya : la douceur amère de l’exil

Berbanya a organisé un gala mémorable à l’occasion du lancement de son premier album ‘’L’autre rive’,’ce samedi 16 novembre au club Lambi, sur Saint-Laurent à Montréal. Plusieurs artistes de la communauté algérienne ont pris part à cet évènement.

 

C’est depuis les débuts des années 2000 qu’un groupe de jeunes kabyles, passionnés de musique, tentait de se frayer un chemin dans le monde artistique montréalais. Ils ont commencé par reprendre des pièces phares signées par des artistes kabyles comme Djamel Allam, Yousef Abdjaoui, El Anka ou Chérif Kheddam sans oublier les chants du groupe Ideflawen qui été accompagné pendant longtemps par le poète Lhacène Ziani. Ce dernier, les circonstances, ont fait en sorte à ce qu’il accompagne Berbanya aussi. Parfois, par des conseils. D’autres fois, par des textes qu’il a composés. Après plusieurs passages dans des manifestations culturelles communautaires ou lors des festivals et, grâce à sa persévérance, Berbanya a fini par donner vie à son premier album intitulé : "L’autre rive".

"L’autre rive" dont les chansons sont composées par Yacine Kedadouche, Lhacène Ziani et Arav Sekhi, traite de la vie, de l’exil, de la femme, de l’amour, de la sagesse, de la misère qui ronge l’Afrique, un continent riche, mais pillé sans scrupule par l’occident et enfin, de cette "folle Algérie", cette patrie qui colle à la peau, mais qui a déçu ses enfants, qui a brisé leurs rêves et qui a  tué dans l’œuf toute lueur d’espoir. Cet album qui est l’œuvre de plusieurs artistes talentueux est habillé d’agréables mélodies qui sont une fusion de plusieurs genres musicaux, notamment les sons du terroir kabyle et du chaabi

En écoutant cet album, on découvre les tiraillements qui percent l’âme de l’exilé, mais aussi tout un lot de découvertes heureuses, d’apprentissages sensés et de coups de foudre mémorables qu’on ne pouvait connaître en dehors de l’exil. Il y  a d’abord, cette rencontre d’artistes algériens et québécois qui finit par donner fruit au fil du temps. Certains sont kabyles comme Yacine Kedadouche, Achour Ferhat, Hakim Chérif, Zahir Kaci, Farida El djamâa.  D’autres sont arabophones comme Mustapha Zellat, Athman Belaid, Réda Ait Zai. Il y a aussi Brigitte Dajczer, la Québécoise au violent. La musique a, sans contredit, rapproché les Algériens entre eux tout en intégrant les gens d’ici et d’ailleurs. Il y a ensuite, la perception de la vie qui évolue avec l’âge et la maturité. Dans les textes de Yacine et de Lhacène Ziani, le déchirement qui ronge l’exilé est omniprésent. En effet, le vent des soupirs rend dingue et malmène l’immigrant. Le temps passe, la vieillesse se pointe et la culture du retour au pays de ses racines pèse sur les reins. Que pourrait trouver le revenant une fois confronté aux générations de son peuple qu’il n’avait pas vu grandir ? Retrouverait-il la même complicité avec ses amis d’antan? Et ce pays qui s’appelle Algérie? Le message de M. Ziani dans la pièce ‘’Folle Algérie’’ est révélateur en soi : «  Je t’aime, mais…pour te pardonner, dira-t-il, il faut me redonner l’espoir et surtout corriger l’histoire que tu as falsifiée… ». Il y a enfin, la pièce sur la mère composée et chantée par Yacine. Ce dernier a rendu un vibrant hommage à cette femme qui lui a donné la vie et qui l’a élevé : «  Sans elle, tout est fade ». M. Arab Sekhi a, quant à lui, écrit un excellent poème sur l’amour homme-femme en jouant avec et sur les figures de style qui résument en fait l’impossibilité de dissocier les éléments qui ne peuvent pas fonctionner ou avoir du sens au singulier : « Toi et moi formons une seule entité et même quand on divise celle-ci, on abouti au même résultat : Yiwen ».

Artistes et public solidaires

À cette soirée de lancement, il y a eu presque tous les artistes algériens qui vivent ou qui ont émergé à Montréal. Certains ont chanté comme Salah Ait Gherbi, Massi, Hakim, Karim Slamani et le fondateur de Couscous Comedy Show. Ce dernier a développé un discours identitaire rassembleur. Il a même brisé la barrière linguistique en s’exprimant en arabe algérien et en berbère dans la même phrase. Il a également parlé de l’intégration et du fait de s’ouvrir sur les autres tout en demeurant soi-même. Pas facile! D’autres artistes sont venus apprécier les moments et encourager Berbanya comme Cheb Dino, Karim Saada. On aurait aimé les voir chanter aussi, car ils font partie de cette génération d’Algériens ouverts : «  Nous sommes tous Algériens. Pas de division !», dira Karim. Cheb Dino, quant à lui, n’a pas soufflé mot, mais son silence en dit long sur cette fausse note de la soirée.

La salle était pleine à craquer. Le public s’est déplacé pour fêter la naissance du premier album d’un groupe qu’il suit depuis des années. Les Kabyles sont venus même d’Ottawa-Hull pour partager ces moments de bonheur avec Berbanya. Arav Sekhi dira : «  Berbanya a toujours répondu positivement aux associations qui le sollicitent. Il faut encourager la production et toutes les initiatives qui servent notre culture et notre langue. » Achour, membre du groupe et qui a animé la soirée, n’a pas oublié de réitérer son appel aux Kabyles : « L’école INAS dispense des cours en Tamazight. Il faut inscrire vos enfants. Il y va de la survie de notre langue à Montréal. » À méditer!

Bref, Berbanya a brisé la glace de la production. Pour motiver ce groupe, il faut acheter son album, non pas par compassion ou par émotion tribale, mais pour sa qualité et pour tous les efforts déployés pour le réaliser. En attendant d’autres albums, apprécions le nouveau-né "L’autre rive".

Source: Taghamsa

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