La candidature de trop d’un septuagénaire

Il y a des moments où l’on a la gueule de bois sans même avoir rompu un instant avec l’abstinence. C’est le cas de le dire après le simulacre d’intronisation avant l’heure d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’État algérien pour un troisième mandat.

 

Pendant plus d’une année, dans son entourage, on a cultivé le suspense pour finalement nous offrir un spectacle banal et facilement prévisible. La montagne a donc accouché d’une grosse souris. Moi qui espérais un sursaut d’orgueil (le vrai, pas celui systématiquement affiché sur la télévision nationale) du premier magistrat du pays au million et demi de martyrs, j’en reviens pas. Tout a été organisé en grandes pompes avec l’argent du contribuable algérien et la bénédiction des puissances occidentales. Le clan présidentiel a poussé le machiavélisme jusqu’à tenir la cérémonie d’investiture de son candidat dans la coupole portant le nom de son prédécesseur, feu Mohamed Boudiaf.

De gros moyens ont été mobilisés pour la circonstance. Tellement gros qu’on n’y a vu que du feu. Ce n’est d’ailleurs pas le seul élément qui distingue les pratiques de l’homme d’Oujda du héros de la guerre de libération lâchement assassiné un certain 29 juin 1992. Boudiaf n’a jamais eu besoin d’embrigader des milliers d’écoliers pour des manifestations de soutien guère spontanées, comme celles qu’on voit dans les rues d’Alger, d’Oran ou de Constantine. Tout le monde a en mémoire la dernière communion entre les Algérois et l’enfant des Hauts-Plateaux lors de son enterrement. Dorénavant, on aura droit à des leçons de « civisme » délivrées par de puissants réseaux. Mission : vendre des illusions. Hors du pays, ce sont les représentations diplomatiques qui s’en occupent, alors qu’à l’intérieur des « milices » sont chargées de lutter contre l’absentéisme lors des élections présidentielles. Ça nous rappelle les pratiques connues chez nos voisins libyens.

À propos de la Djamahiriya, au train où vont les choses chez nous, ce sont nos voisins qui pourraient devenir une référence en matière de réformes. La nomenklatura algérienne n’est même pas en mesure d’enfanter d’un Seif al-Islam, le fils aîné de Mouammar Kadhafi qui, en raison de ses convictions, a préféré ne plus cautionner la surenchère totalitaire. On ne verra pas de sitôt un produit du sérail algérien céder à une volonté d’inaugurer une nouvelle ère basée sur le respect des choix du peuple. Des pays comme le Botswana, la Zambie ou tout récemment le Ghana nous ont montré le chemin vers une réelle alternance au sein du pouvoir politique. Et n’allez pas me dire que nous sommes voués à l’équation « le régime ou les islamistes »…

Qu’a-t-on fait pour mériter la farce de la semaine passée? Le silence d’une grande partie des intellectuels algériens y est certainement pour quelque chose. Le régime a habillement misé sur certaines têtes visibles au sein de la diaspora, à l’instar de l’écrivain Mohamed Moulessehoul alias Yasmina Khadra qu’on a parachuté à la tête du Centre culturel algérien à Paris. Idem à l’intérieur du pays, où même les anciennes vedettes de football se sont précipitées à la coupole Mohamed Boudiaf.

Il est attristant de voir que, depuis des lustres, il suffit que le sérail propose un candidat pour qu’il soit dare-dare investi président de l’un des pays les plus importants sur le continent noir. Nul besoin de présenter un bilan acceptable, au vu des projets bloqués comme ceux inhérents à l’infrastructure ou à la réconciliation nationale. Pas un mot pour les victimes de la récente tuerie de Berriane. Aucun respect de la diversité (politique ou autre) qui caractérise pourtant une société somme toute méditerranéenne, ce qu’on a tendance à ignorer. Inutile aussi d’étaler des acquis de notre diplomatie moribonde.
L’hémorragie que connaît l’Algérie, un pays abandonné par ses élites, prouve que les choses vont très mal en Absurdistan. La deuxième République se fait attendre. Les harragas se multiplient. Cette semaine a apporté son lot de compatriotes morts noyés au large des Canaries. Chose nouvelle, une certaine radicalisation des milieux dissidents algériens est palpable. Nombreux sont ceux qui évoquent ouvertement l’éventualité d’un boycott actif des élections d’avril prochain.

Malgré ses 73 ans, Bouteflika a décidé de briguer une troisième cadence à la tête de l’État, et ce en violation de la Constitution pensée lors du Congrès de la Soummam de 1956. C’est un précédent inquiétant et dangereux. L’espoir d’un changement est de nouveau remis aux calendes grecques. Heureusement, il nous reste d’autres rêves, dont celui d’une résurrection des Algériens. Nos amis concitoyens haïtiens n’ont-ils pas eu gain de cause après plusieurs décennies d’efforts? Leurs tontons macoutes ont été définitivement mis au ban de la communauté internationale. Il y a quelques jours, la justice suisse a finalement décidé de restituer les fonds bloqués du dictateur Jean-Claude Duvalier qui seront affectés à des projets de développement dans la petite république des Caraïbes. Du baume au cœur pour l’Algérien rêveur que je suis...     

 

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