Rabah Asma à Montréal: Un spectacle mémorable malgré la tempête

Rabah Asma a toujours fait partie du paysage culturel kabyle. Il chante la vie au sens large du terme. C’est un autre engagement qu’on a tendance à oublier dans la nébuleuse vie que la Kabylie mène depuis l’indépendance de l’Algérie.

Rabah Asma a toujours fait partie du paysage culturel kabyle. Il chante la vie au sens large du terme. C’est un autre engagement qu’on a tendance à oublier dans la nébuleuse vie que la Kabylie mène depuis l’indépendance de l’Algérie. Devant la sourde oreille ou les multiples tentatives de l’Algérie officielle à assimiler le peuple berbère à une identité qui n’est pas la sienne, la Kabylie résiste avec ses moyens de bord. À l’instar des militants politiques, les artistes, chacun dans son registre, se sont forgé un chemin et ont occupé l’espace public. Ils ont porté le cri de leur peuple, scandé les couleurs de leur identité et surtout chanté haut et fort les sons du terroir kabyle.

En ce mois de mars 2008, Montréal a accueilli Rabah Asma. En effet, des centaines de personnes se sont organisées pour aller au spectacle organisé par KSP à la salle Le Château. Le spectacle a coïncidé avec la célébration de la journée de la femme mais aussi avec l’une des tempêtes les plus dures que le Québec ait connues depuis 1971. La neige tombait à torrent. La poudrerie réduisait la visibilité à l’extrême rendant ainsi les déplacements presque impossibles voire dangereux. Dans de pareilles circonstances, l’évènement aurait dû être annulé ou reporté à une date ultérieure. D’ailleurs, beaucoup d’évènements ont été annulés à Montréal. Mais, voilà, à l’étonnement des organisateurs, des familles, des jeunes notamment ont bravé la météo et sont venus voir l’artiste. Cependant, selon toujours les organisateurs, beaucoup de gens qui ont déjà acheté les billets n’ont pas pu se déplacer. Est-ce une raison pour annuler le spectacle? « Non, souligne Said Lahcène, il y a quand même des gens qui sont là, donc, le spectacle aura lieu malgré tout ». BR>
C’est vers 21h que Rabah Asma entre sur scène, salue la foule et souhaite un joyeux 08 mars à toutes les femmes. Il n’a pas tardé à chanter. Dès qu’il a fini la première chanson, il dit à la foule « Oublions la tempête »! La salle à moitié pleine ne l’a découragé. Le public était aux anges et en parfaite harmonie avec le dynamisme de l’artiste et sa bonne humeur. Les gens étaient impressionnés par la portée de sa voix et la facilité avec laquelle il passait au crible son répertoire. Durant 3 heures, la foule, composée de femmes, d’hommes et de beaucoup de jeunes, n’a pas arrêté de danser en chantant simultanément avec Rabah Asma. Les jeunes connaissaient par cœur ses chansons. D’ailleurs, à observer la piste de danse, les garçons âgés entre 20 et 25 ans nous ont livré des moments mémorables. Ils avaient la danse dans les veines. Ils suivaient les rythmes d’une façon magistrale. Pour une personne qui ne connait pas la Kabylie et sa culture, elle aurait juré que ces jeunes avaient fait l’école de danse. Mais non, ils se sont juste retrouvés avec eux-mêmes, leur monde qui est à la fois culturel et identitaire. Ils étaient heureux de se défouler dans leur langue et les sons de leurs ancêtres. Ils étaient chez eux.

En somme, on peut dire que le spectacle était un succès à tous les points de vue en cette journée de la femme, car, partager des moments d’euphorie dans la mixité la plus saine n’est plus évident sous d’autres cieux. L’idéal que l’artiste accepte de chanter un autre moment à Montréal pour que ceux et celles qui ont été privés de ces moments les vivent à leur tour. Sincèrement, le déplacement valait la peine.